Poesies et Contes par Yves Le Car

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GASTON COUTE

Heureusement que les poètes ne meurent pas. Ils font semblant. Ce n'est que l'inconnu qui, bien souvent, se cache dans leur état civil qui, lui, est emporté un jour, à l'instar des gens ordinaires, et inhumé comme un humain, voire comme un inhumain qui , en plus, a droit aux honneurs, mais c'est une autre histoire. On sait bien, quoi qu'il en soit, que "ces drôl'de types qui vivent de leur plume ou qui ne vivent pas" comme le chantait l'un de ceux-là mort, ou feignant de l'être, un 14 juillet, jour de carnaval national où les filous font défiler leurs kamikases et leur came d'occase, on sait bien que ces maudits, ces rimeurs, ces tisserands du verbe, continuent au-delà du néant, à faire danser leurs mots sur nos cordes sensibles.

Et si je vous parle d'un "gâs qu'a mal tourné" ce n'est qu'aux yeux des bien-pensants, c'est-à-dire de ceux qui compensent leur absence de pensées par le fait d'imposer à autrui une façon de penser. Autrement je peux vous dire qu'il a sacrément bien tourné ses vers - sévère oui parfois peut-être, mais juste ce qu'il faut- et comme il faut de tout pour faire un monde, il faut notamment, et surtout, des poètes, pour être en porte à faux et porter les coups de faulx là où il faut contre les colporteurs de faux, les cloportes et les faux-jetons, les roseaux mal pensants qui prêchent le faut pour pouvoir n'oeuvrer qu'avec leurs faux idéaux, leurs vraies vidéos ,leurs faux passeports et leurs vraies bassesses.

Des poètes, il nous faut, pour être en porte...ouverte sur le monde du rêve et de l'utopie ; ce gâs qu'a mal tourné n'est pas un gâs qu'a tourné mal, ni sa veste comme tant d'autres, ni autour du pot, mais il a sacrément bien tourné sa plume dans sa main et cela nous donne aujourd'hui de sacrés témoignages de son époque, tant il est vrai que "longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu ( et non pas "aient" disparu, comme disent beaucoup de gens, même des journalistes) on s'en souvient même si leurs chansons ne courent pas les rues. Elles vaudraient mieux que certaines contemporaines ou certaine natio-ânerie que l'on décrète indispensable à l'enseignement citoyen -et si moyen- de nos écoliers.

Il les a tellement bien tournés, ces vers, ses vers, il l' a tellement bien tournée, sa plume, qu'il a bien vite, trop vite, tourné de l'oeil, " avant que d'avoir commencé couvrailles". C'est à l'aube de l'été 1911, en effet, que la maladie l'emporte, "quand qu'arriv'la saison des giroflées fleuries". Il n'a pas trente et un an, il n'aura pas eu l'occasion de connaître et commenter à sa façon, la guerr'de quatorz'dix-huit, cell' que préfère l'un de ses fils spirituels.

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