Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

AU BOUT DE LEUR CHEMIN (mis en musique et interprété par Eric Laurent)

A chacun ses idées, à chacun ses idoles,

Chacun son maître, son modèle, son héros.

On nous fait admirer dès la petite école

Les Néron, les Napoléon, les généraux,

Les bâtisseurs d'empire assassins en puissance,

Qui écrivent l'Histoire avec du sang humain.

Faut croire qu'on n'a pas les mêmes références :

Je n'ai pas vu la paix au bout de leur chemin.

 

N'en déplaise aux anciens et glorieux combattants

Qui sont fiers d'avoir pu donner à la patrie

L'indélébile souvenir de leurs vingtans

Laissés sur le terrain plus qu'à moitié meurtris,

La plupart sont partis par manque de courage,

Dociles et soumis comme tout un chacun,

Alors qu'ils auraient pu, vu leur nombre et leur âge,

Tous ensemble imposer la paix sur leur chemin.

 

O combien de marins, combien de capitaines

Qui n'ont fait qu'obéir à l'appel de Panurge !

Combien de frères vus comme croquemitaines !

Et combien de tyrans rebaptisés démiurges !

Combien d'adolescents en soldats inconnus

Ont accroché leurs pas dans les pas des copains !

Ils ont, fors les honneurs posthumes, tout perdu,

Car la paix n'était pas au bout de leur chemin.

 

Au bout de leur chemin de croix et de bannière,

C'est la mort, la mort seule, horrible et efficace

Qui les unit, au creux de communes ornières,

A leurs sosies, en un ultime face-à- face

Au nom de la patrie, leur mère nourricière.

Belle maternité, qui étouffe en son sein

Les enfants qu'elle attire dans sa souricière,

Mais la paix n'est jamais au bout de leur chemin.

 

C'est pourquoi je voudrais aujourd'hui rendre hommage

A ceux que la gloire et l'Histoire ont oubliés.

Il est plus palpitant d'exalter les carnages

Pour mieux y préparer les petits écoliers.

A chacun ses héros, à chacun ses idoles

Du moins les miens n'ont ils pas de sang sur les mains.

Ce sont eux qu'on devrait citer dans les écoles

Car la paix, je la vois au bout de leur chemin.

 

O combien d'insoumis, combien de déserteurs,

Combien d'individus tout simplement humains,

Opposant leur conscience au culte de l'horreur,

Leurs mains nues, leur raison, aux ordres assassins,

Combien d'anti-héros, ayant pour tout drapeau,

Celui du coeur, de l'univers, du genre humain,

Méritent le respect, car il fera si beau

LE JOUR OU TOUS LES HOMMES SUIVRONT LEUR CHEMIN.

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