Poesies et Contes par Yves Le Car

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MOURIR DE BOUE

VAUT MIEUX MOURIR DEBOUT QUE VIVRE...A GENOUX

Me disait un héros au sourire aigre doux

Qui avait su, debout, rester vivant quand même

Et moi, qui n'ai jamais su me mettre à genoux

Les mains jointes, ni pour Vichy, ni pour Vishnou

Je lui ai répondu, m'attirant l'anathème :

Vaut mieux vivre debout, que mourir à genoux

Vaut mieux vivre à genoux... que mourir dans la boue !

Dans la boue des tranchées, étranger à soi-même.

Vaut mieux vivre debout, et courir quand chez nous

Les armées vous font mettre en rangs, au garde à vous,

Au nom d'une patrie, vieille tarte à la crème

Qu'on étale à coups de baratin, de bagout,

Sur une bonne pâte pétrie, prête à tout

Et qui se prête à tout ! Oh ! l'horrible dilemme :

Mourir debout pour ne jamais vivre à genoux

Vivre ou mourir, mourir ou vivre, je l'avoue,

Quitte à mourir, confronté à l'enjeu extrême

Pourquoi ne pas mourir couché, sur un caillou,

Pas en chien de fusil, mais comme un vieux toutou !

Mourir comme le loup stoïque du poème,

Pour défendre les siens, alors ça vaut le coup !

Pas par obéissance à quelque marabout ,

Pas au nom d'un drapeau , d'un appeau, d'un emblême,

Pour la patrie ou quelqu'autre idéal tabou,

Que ne connaîtront pas ceux qui vont jusqu'au bout,

Alors que les tyrans naîtront de ceux là même

Qui les ont entraînés, leur ont bourré le mou.

Les lendemains ne chantent pas, lorsque dessous

Nos pas, les copains morts nous servent de barème

"Mourir, cela n'est rien" non, lorsqu'on est à bout,

Usé, qu'on n'en peut plus, qu'on s'en fout, qu'on s'en fout...

Mais quand on a vingt ans , à peine, et que l'on aime

Un coeur qui , quelque part sans doute, bat pour vous,

Pour cet amour, je crois que l'on est prêt à tout .

Les héros, ça n'existe pas, et quand bien même !

Rien ne sert de mourir, n'en déplaise aux gourous

De tout poil, qui prétendent noyer leur courroux

Ou leur courage, dans un sang qui est le même

Chez l'étranger, chez l'ennemi, de n'importe où,

Pas plus impur, quoi qu'on en dise, que chez nous...

Et le marbre, et les larmes partout, sont les mêmes.

Qui peut dire, quand la folie vous met en joue,

S'il faut prier, ou s'il faut tendre l'autre joue,

Ou prendre, simplement , la poudre d'escampette,

La tangente en un mot, les jambes à son cou,

Les belles jambes que l'on aurait, après coup,

Lorsque, faute de proies s'éteindrait la tempête.

Mieux vaut ne pas mourir, ne pas suivre du tout

Ceux qui vous font marcher, et creuser votre trou

En vous manipulant comme des marionnettes.

Plutôt que d'obéir aux cris des vieux hiboux ,

Vaut mieux vivre cachés, couchés, mettre les bouts

Plutôt que de ... bouter... la Paix hors de soi-même !

Vaut mieux vivre, bien sûr, c'est notre seul atout .

Mais l'armée est sacrée, chez nous comme partout ,

Et l'armée est toujours source de nos problèmes.

Plutôt que de hurler sans cesse avec les loups,

Plutôt que de mourir toujours pour des filous

Qui vous font filer doux sous leur odieux diadème,

Vaut mieux vivre couchés et rire de ces fous

Et, quitte, d'un fou rire, à lesmettre à genoux

A leur tour , pour finir en beauté mon poème.

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