Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

LE TAUREAU ET L’ ENFANT

Combien sont-ils ? Cent mille ? Un million ? Davantage ?

Les gradins sont remplis. Je ne bougerai pas.

Ils trépignent déjà. Ils veulent mon trépas.

Quel plaisir vont-ils en avoir ? Quels avantages

Vont-ils donc en tirer, ces coquins, ces marauds ?

Et ce clown au milieu, en habit de lumière !

Atours artificiels autour d'un coeur de pierre !

Vil personnage qu'on appelle à tort héros !!

 

 

Et c'est moi l'animal ! et c'est moi le sauvage !

Que leur ai-je donc fait ? Ils hurlent, brament, beuglent !

Pourquoi ont-ils besoin de cette haine aveugle ?

Pourquoi ont-ils besoin de sang, et de carnage ?

C'est donc cela que l'on appelle des "Humains" ?

Ces êtres supérieurs, paraît-il, et sensés !

Drôle de jeu de se réjouir du sang versé !

LES VAMPIRES ! sans même se salir les mains.

 

 

Je me concentre sur une petite fille

Au quatorzième rang. Je guette son regard.

Pendant que le pantin qui cherche la bagarre

A les yeux plus brillants que mille banderilles,

Je parle à la gamine avec mes yeux de bête.

Cet âge,quoi qu'on dise, n'est pas sans pitié !

C'est malgré eux qu'ils deviennent les héritiers

De ces coutumes barbares sans queue ni tête.

 

 

On parle de Terreur ! d' Horreur ! de Violence !

Comment ces gosses, trop tôt familiarisés

Par la TORTURE gratuite et banalisée

Ne seraient pas traumatisés ? Quelle indécence !

Quelle inconscience de la part de leurs parents !

Ce n'est ni plus ni moins que de la maltraitance !

La tradition !! la tradition les met en transes.

Les gosses poussent dans ce monde incohérent !

 

 

La foule s'impatiente ! on cherche à m'exciter :

C'est du sang qu'il leur faut !! on dirait des gamins

Dans la cour de récré qui, d'un plaisir malin,

Font cercle autour des deux qui vont se ... démonter !

C' est curieux ! c'est celui qui ne veut pas se battre

Qui les dérange et reçoit sarcasmes, huées.

Ils ont besoin de voir l'innocent massacré !

Il leur faut donc toujours du sang, même au théâtre !!

 

 

 

Je pourrais leur montrer un ballet pacifique :

Inviter, pourquoi pas, d'un regard, d'un clin d'oeil,

Cette gamine à descendre de son fauteuil,

Pour monter sur mon dos... Parade magnifique !

Ils n'y comprendraient rien. Ils me veulent cruel !

C'est mon lot, paraît-il, c'est ainsi qu'ils me voient !

Et c'est la tradition qui fait force de loi.

Bien malgré moi, je suis argument culturel.

 

 

Tiens ! j'ai cru percevoir dans l'oeil de cette enfant

Un air de désapprobation face à ce jeu...

JE CROIS QU'ELLE A COMPRIS ! elle pose ses yeux

Enfin, dans mon regard bovin, miroir aimant !

Ma parole, ce chiffon rouge les excite !

Le guignol se trémousse et s'énerve à me voir

Sans réaction. Il a peur de les décevoir :

Quelque chose est plus fort désormais que leur rite.

 

 

La gamine est debout ; je la vois murmurer.

Je sais que c' est à moi, à moi seul qu'elle parle.

C'est la première fois dans les arènes d'Arles,

Qu'un ange et une bête vont inaugurer

Par la télépathie le plus beau des dialogues.

Elle ne parle pas, elle pense, et mon coeur

A compris chaque mot que chante sa douleur.

Je n'entends même plus la meute des bulldogs

 

 

La petite, toujours sans me quitter des yeux,

Descend ; je ne vois plus l'imbécile en dentelles.

Dans les gradins, nul ne fait attention à elle.

Ils sont peut-être un million....MAIS NOUS SOMMES DEUX !

Elle est en bas . PERSONNE NE L ' A VUE VENIR !

Elle s'approche, à la surprise générale.

Puis c'est la peur enfin qui s'installe en spirale

Dans ce troupeau qui ne sait pas la retenir.

 

 

La voilà dans l'arène. La reine, c'est elle :

Ma reine à moi, et je me couche, elle s'appuie

Sur mon front en sueur, qu'elle caresse, et puis,

Elle monte, comme une étoile, la plus belle,

Sur mon dos. Quelque chose, c'est sûr, a changé

Sur la piste souillée par des siècles de honte.

Et s'il est vrai, comme les Sages le racontent,

Que le Bonheur est contagieux... PLUS DE DANGER !!!!

 

 

PLUS DE DANGER POUR NOUS LES TAUREAUX DESORMAIS

GRACE A CET EPISODE INOUI MERVEILLEUX

GRACE AU COEUR D' UNE ENFANT, A SA GRACE, A SES YEUX

LA CORRIDA EST ABOLIE A TOUT JAMAIS.

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