Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

L ’ OIE

Il était une fois,

vous savez quoi ?

Une oie !

une oie qui n'avait plus la foi

mais qui avait les foies

quoiqu'elle n'eût pas froid

aux yeux

On l'avait tellement gavée

Et elle en avait tant bavé

depuis que ses ancêtres avaient été

décapités

au Capitole

par les Gaulois

( ceux qui gaulent les oies)

depuis que son père , ce Perrault,

avait réglé son conte à sa mère l'oie

la traitant de sale oie

lui imposant sa loi

elle était amère, voire âpre, c'est pourquoi

on l'appelait l' âpre oie.

Elle en avait tant bavé

On l'avait tellement gavée

qu'elle n'avait plus foi

en quoi que ce soit.

C'était une oie blanche, ça va de soi

mais sitôt qu'elle broyait du noir

gare au jars

qui par hasard

aurait joué les hussards !

Elle aurait su dare dare

lui faire rentrer son bazar.

Car une oie blanche qui broie du noir

croyez moi, c'est pas beau à voir

C'est comme un vilain petit canard

C'est en butte aux regards

des renards

des ringards

C'est en butte aux connards

qui cherchent la bagarre.

Et une oie sans foi ni loi

c'est en butte à quoi ?

En butte aux cailles

aux racailles

aux canailles

Aïe Aïe A ïe

En butte aux railleries

aux vacheries

aux cochonneries

aux boucheries

aux tueries

( tu ris, mais y a pas de quoi !)

Or, cette oie

(non c'est pas toi, tais toi, je parle de cette oie-là, mon oie qui n'avait plus la foi)

au lieu de marcher droit

au pas de l'oie

suivant la loi de toute oie,

cette oie, cette oie-là,

trouvait de bon aloi

de marcher de guingois

pour marquer son désarroi

et montrer à la fois

son désaccord au roi ;

son refus d'un jeu de lois

qui aux oies

au lieu de joies

leur donne surtout les foies.

Elle avait fait ce choix

c'est son droit.

Une oie qui marche de guingois

ça se voit.

Des pattes d'oie

de guingois,

avouez qu'il y a de quoi

rester pantois,

rester coi , quoi !

Mais il en va des oies

comme des ouailles

de Cordoue à Cornouailles

de Cardiff à Carthage

de Port Bouc au Tréport

de Sangatte à Shangaï

comme de Blois à Foix

ou Trifouilly les oies

et jusqu'à Samothrace

la mode laisse des traces.

Et très vite ma foi

quoiqu'elle se crût l'unique oie

à ne pas marcher droit

on vit en plusieurs endroits

et même à Anvers, je crois,

une oie, deux oies, trois oies,

et bientôt d'autres oies

se mettre de guingois.

Et en moins de trois mois

on vit de longs convois

comme ceux qu'autrefois

on a faits , vous et moi,

contre les pires lois

scélérates, tu parles !

Non, c'étaient pas les rates !

c'était une autre race

d'animaux plus voraces !

Mais revenons à nos oies.

Je disais qu'en trois mois

on vit de longs convois

comme ceux qu'on fit, d'oies,

escortés par les voix

des badauds

les ouah ouah

des cabots

et la joie

des marmots

de la rue Quincampoix

aux rues de Saint-Ambroix

Des rues de l'Illinois

jusqu'à l'île de Groix

de Fallais jusqu'à Foix

de Sète jusqu'à Troyes

de Bombay jusqu'à Blois

On vit de longs convois :

Cent, deux cents , cinq cents oies,

cinq mille oies de guingois

criant à pleine voix

et toutes à la fois

toutes de bonne foi

criant dans leur patois :

"wa wa wa wa wa

wa wa wa wa wa

MON FOIE EST A MOI

MON FOIE EST A MOI

MON FOIE EST A MOI "

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