Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

PREVERT

Il était une fois

Un poète

mais avant d' être poète

avec son coeur de poète

grand comme une planète

avec ses yeux de poète

grands ouverts sur la planète

avec ses mots qui déambulent

comme des somnambules

comme des bulles de savon

qui s'en vont qui s'envolent

qui vous enveloppent et vous envelourent

qui vous enlèvent et vous enrêvent

des mots jolis des mots polis

des mots qui vous disent merci

merci de nous laisser passer

de nous laisser penser

merci de vous laisser bercer

par nos images nos musiques

nos messages et nos mensonges

 

Avant d'être poète

ce poète-là

avait été enfant

et ça c'est une chose

et ça c' est une chance

que je souhaite à tous

à tous ceux en tout cas qui voudraient être poètes

 

Le 4 février 1900

il sortit de sa mère

pour entrer dans la vie

dans la sienne d'abord

et un peu dans la nôtre

Ce 4 février-là on était en été

ou plutôt c'est l'été qui était en nous

mais nous ne le savions pas

nous ne pouvions pas le savoir.

 

Il est né non dans une étable

car la place était déjà prise

et la Bastille aussi

ni sur un établi comme un pantin de bois

ni même sur une étagère

sur l'une de ces étagères

où il passe aujourd'hui toute son éternité

mais en plein air

en plein air de fête

à la belle étoile

l'étoile de la Poésie

et de l'Enfantaisie

et si ce n'est pas la vérité

la véritable vérité

celle d'hier

ce sera celle d'aujourd'hui

celle qu'on s'est inventée

l'après- Vérité

la Prévèrité.

 

Car il est né dans un pré

près de Paris quelque part sur la terre

la terre qui est un astre

et c'est là que la Poésie l'a cueilli

et accueilli

à Neuilly

avec un oeillet

l'oeillet du poète

ce petit oeil par lequel le poète voit plus loin

que le bout de sa plume

Car la Poésie est une fée

une fée qui n'en fait qu'à sa fête

et qu'à sa tête

et qu'à son coeur

pour mettre un peu de cette fête

et dans nos têtes

et dans nos coeurs ;

 

Il est né dans un pré

au milieu des oeillets et d'autres fleurs

des immortelles et des pensées

des fleurs de toutes les couleurs

au milieu des oiseaux

des oiseaux-lyres bien sûr

mais des oiseaux -délire aussi

et d'autres animaux

un boeuf un âne un petit lion

une girafe et une autruche

un dromadaire et des chevaux

un éléphant de mer

et des ratons laveurs.

 

Il est né dans un pré

un grand pré vert

tout vert

car la Poésie fait du vert

comme la vache fait du lait

elle trouve ça tout naturel la vache

Et l'enfant

Et l'enfant qu'est-ce qu'il trouve l'enfant

L'enfant

il trouve le vingtième siècle

ente le romantisme et ... les rhumatismes

entre le symbolisme et le saint lobbyisme

entre Hernani et Sup... ernani

bien loin déjà du siècle des Lumières

tout près du siècle d’élus mièvres

Bref, le siècle des Lumières

est derrière lui

les Lumières sont éteintes

et c'est à lui peut-être de les rallumer

lui l'allumeur de rêves

c'est à lui peut-être de les ranimer

et de nous animer

et d'animer les animaux

avec ses amis mots

ses mots amis

ses mots choisis

ses mots- poésie.

 

Car la Poésie ne l'a pas quitté

même quand lui nous a quittés

le 11 avril 1977

 la Poésie est restée.

Il est venu en février

il est reparti en avril

si ce n'est pas de la même année

c'est de la même éternité

Nous sommes aujourd'hui le (11 mars)

(entre février et avril)

(entre avril et février)

nous sommes toujours à l'ère Prévert

car la poésie n'a pas de frontière

la poesie n'est pas ceci cela

la poésie EST

Ma Poésie à moi n'est pas contemporaine

C'est moi qui la contemple, ô Reine de ma nuit

ô Rêve de mes jours , antidote à l'ennui

Sirène enchanteresse, ô ma seule marraine !

Ma Poésie est née au milieu des cités

Sous l'étau pleurnichard du ciel de la Courneuve

Inépuisable source où ma Muse s'abreuve

Larme de nostalgie gonflée d'immensité

Ma Poésie est née dans la cour de récré

Dont l'écho me poursuit et me dicte sa loi.

Et quand je crois tenir demain entre mes doigts

C'est l'Enfance qui s'insinue et se recrée

Ma Poésie s'écrit avec des mots magiques

Et si vous lui prêtez simplement une oreille

Elle vous la rendra certes mais pas pareille

Elle y aura glissé, en plus de la musique,

Je l'espère du moins, un germe, une semence,

Un grain de fable ou de folie ; un paysage,

Quelque chose qui tient du rite de passage

Vers le secret, vers le sacré, vers l'insolence

Vers l 'insolite, l'insoluble,l' insulaire,

L'instant d'Eternité qui réduit en poussière

la routine du quotidien, l'ordre établi

 

MA POESIE A MOI S' ECRIT AVEC LES TRIPES

Les tripes avant l'esprit qui en est l'anagramme

avant l'idée l'image

qui est magie

qui est musique

qui aime qui aime qui aime

qui aimante mes mots

qui se meuvent se moulent et se coulent de source

ma poésie est une source

une source d'eau fraîche une source d'air frais

d'air vrai

d'art vrai

de rire et de rêve

nous sommes toujours à l'ère Prévert

à l'heure Prévert

à l'heure que je préfère

à l'heure du rêve

à la bonne heure

et au bonheur aussi

car le bonheur est dans le pré

dans le pré...VERT

PLACE DONC A LA POESIE

D’ailleurs il ne s’appelle pas réellement comme ça

PREVERT PREVERT

c’est l’homme qui lui a donné ce nom

c’est toujours l’ homme qui donne le nom des choses

et des gens

même les noms d’oiseaux :

vieille chouette vieux hibou tête de linotte

franchement Prévert non mais...

A qui fera-t-on croire

A qui fera-t-on croacroa

A qui fera-t-on voir

A qui fera-t-on savoir

A qui fera-t-on lavoir

A qui fera-t-on laveur

euh l’aveu

l’aveu de la vérité

la véritable vérité

celle qu’on sait inventée

Prenez le verbe REVER

Le plus beau verbe sans doute de la langue française

verbe palindrome

palindromadaire même

avec cet accent circonflexe pointu comme la bosse des camélidés

REVER

et pour mieux en rêver

pour mieux le protéger contre les mauvaises langues et les mauvais penseurs

contre les catalogues et les maudits censeurs

contre les empêcheurs de rêver fanfarons

mettez le entre parenthèses

entre par exemple le P et le T

le P de Poésie le P de Paix le P de Pourquoi et de POURQUOIPAS

Et le T le T de quoi

le T de TOI de TU parce que je dis Tu à tous ceux qui s’aiment

le T de Théâtre

et le T de TOUT

puisque TOUT est poésie

Tout dépend de l’oeil

ou de l’œillet précisément ce petit œil par lequel le poète voit plus loin que le bout de sa plume

plus loin que le bout de son nez

de son île

de son aile de géant

Nous sommes toujours à l’ère Prévert à l’heure Prévert alors prêt... Silence on tourne

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