Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

EN RELISANT CLAVEL

Ayant, je crois, tout lu de notre ami pacifiste, j'avais retrouvé, par hasard, Le Silence des Armes, que j'avais prêté à je ne sais plus qui, et jamais récupéré. C'était pendant l'été 2010, juste avant que l'auteur ne s'en aille rejoindre, dans ce paradis chrétien auquel il croyait, les quelques figures méritantes qui l'y attendaient. ; INUTILE DE DIRE QUE JE CONSEILLE CET OUVRAGE, comme je conseille ses ouvrages à tous, à tous les professeurs en pénurie de bonne littérature. Inutile de dire que la relecture de ce roman, lu dans mes jeunes années, pas celles qui "courent dans la montagne", mais celles qui s'imprimèrent de banlieue parisienne ,la relecture de ce roman m' a donné l'envie d'en relire la suite, cette fameuse Lettre à un képi blanc, que Clavel écrivit en réponse à l'article du caporal Mac Seale, paru dans Le Képi blanc, de MAI 1974 ;

Quelle leçon ! quel talent ! quel respect humain ! Une lettre sans haine ; une ouverture, au contraire, à la réflexion, au dialogue, à l'échange, qui se termine par une invitation à l'adresse de son destinataire : " puisque tu as humé en ouvrant mes livres le parfum du vin de mon pays, je t'invite à venir le goûter ici. Tu seras le bienvenu dans ma cave, à condition que tu y viennes sans ton baril de poudre." Combien d'entre nous, pacifistes intégraux, intègres mais intégrés, seraient capables d'un tel amour ? Comment ne pas voir, en face de soi, en celui qui boirait le bon vin de notre cave, l'assassin responsable (allez ! co-responsable, d'accord, mais le "co" n'atténue en rien le " massacre des innocents") Justement, en voyant en lui, avant le représentant de cette armée que nous dénonçons, un homme, un être humain, victime avant d'être bourreau, victime, peut-être, de son enfance durant laquelle on lui fit vénérer, adorer, envier les héros, forcément synonymes de militaires ; forcément synonymes de conquérants, forcément synonymes de violence, forcément synonymes de tueries. En effet, là c'est Guéhenno qui parle et que cite Clavel : " on ne revient pas de certaines impressions de l'enfance. Elles marquent la couleur de l'âme." Et ce n'est pas pour rien que nous dénonçons les jouets guerriers, qui laissent plus d'une empreinte, plus qu'une empreinte, dans la fragile pensée, dans la flexible attitude de l'enfant. Clavel se souvient lui aussi de son enfance ; de cet oncle militaire pleuré par sa mère, qui le lui peint comme le symbole de l'héroïsme, et qu'il évoque dans un roman plus récent. Clavel reconnaît qu'il était attiré par ce képi blanc, par ces armes ; et qu'il faut du courage, qu'il faut lutter contre soi, contre ces clichés, ces pseudo-valeurs qu'on nous met dans la tête. La non-violence n'est pas donnée, elle est un "combat" de tous les jours, de tous les instants, contre ces" évidences" séculaires.

 Ainsi, lorsqu'il s'adresse à ce caporal Mac Seale, ce n'est pas l'homme qu'il rejette, mais ce qu'il représente, ce en quoi "on" l'a transformé : une machine à tuer.

" C'est la guerre dans sa totalité que je rejette, tandis que la plupart de ceux qui vous accusaient alors ( il parle de l'époque durant la guerre d'Algérie où " une certaine presse ne s'est pas privée de vous attaquer, vous, les soldats de métier, parachutistes et légionnaires" précisant qu'il n'est " pas d'accord avec ces gens-là : je ne leur reconnais pas le droit de vous accuser d'inhumanité. Car enfin, ce qu'ils vous reprochaient, c'était de faire une guerre inhumaine. Quelle farce énorme ! Comme si la guerre pouvait avoir quoi que ce soit d'humain hormis la souffrance et la mort") admettaient qu'elle se poursuive à condition que soient respectées les règles du jeu. Si l'on accepte la guerre, il faut que ce soit dans sa totalité, c'est-à-dire dans toute son horreur. Et la torture n'est pas une arme plus terrifiante que la bombe à billes, le napalm, la mitraillette ou l'arme atomique. J'ai tenu dans mes bras trop d'enfants mutilés ou brûlés pour entendre parler encore de guerre propre sans m'insurger. "

 Je me demandais, lors de sa disparition,, pourquoi les médias ont à peine parlé de ce grand bonhomme ;pourquoi la télé n'en a pas profité pour retracer sa longue carrière, pourquoi les émissions littéraires - ou alors ça m'a échappé- ont quasiment passé sous silence ( silence des armes ?/ SIX LARMES D'AISANCE !) le décès d'un écrivain que l'on pourrait enseigner ( afin d'éviter d'en saigner !) dans les écoles. Bien sûr, LE MASSACRE DES INNOCENTS dès l'école primaire, en même temps que tous ses "contes et légendes" qui valent largement les livres officiels de l'Histoire officielle. Je me demandais pourquoi sa disparition est passée inaperçue. La réponse est dans son oeuvre.

Bernard Clavel parle de la non-violence, seule issue à cette folie meurtrière qui fait boule de neige et n'engendre que folie meurtrière. Il rappelle qu'au Danemark les nazis ont renoncé à imposer le port de l'étoile jaune aux Juifs parce que le roi Christian x déclarait qu'il serait le premier à la porter et qu'avec lui toute la population se levait dans le calme et la dignité. Si ce n'est pas une victoire sur la résistance armée, qu'est-ce que c'est ? Si ce n'est pas une preuve de l'efficacité de la non-violence, qu'est-ce que c'est ? Il rappelle la grève générale à Amsterdam, dès le commencement des premières déportations.

Clavel s'étonne , ou feint de s'étonner, du "grand paradoxe de l' amour de la patrie : le comble de l'absurde que les patriotes qui se disent prêts à mourir pour elle, sous les obus, ne fassent pas un geste pour lui éviter la guerre."

Il y aurait tout à citer dans ce livre, c'est pourquoi je ne peux que vous inciter à le lire, ou le relire, comme un bréviaire, comme une bible,mieux qu'une bible, puisque c'est l'humain qui parle, puisque c'est l'humain qui s'en dégage. Et je finirai sur ces deux extraits, qui résument assez bien sa pensée, qui rejoint la nôtre :

" La peur de crier sa peur et le refus de prendre part à la lutte pour le désarmement ( là, il a évoqué Giono bien sûr, et Chevallier) constituent pour moi une faute impardonnable. Refuser l'engagement au moment où seul cet engagement peut nous sauver , c'est se dérober devant le plus impérieux des devoirs, et c'est se priver à jamais du droit à l'estime de soi-même."

" Pour moi, le type même du héros, ce n'est pas le pauvre diable qui dort sous l' Arc de Triomphe et dont personne ne sait s'il n'est pas mort en tremblant et en maudissant ceux qui l'avaient condamné. Le type même du héros, c'est celui dont tu parles et que tu me reproches de trahir. C'est Louis Lecoin."

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