Poesies et Contes par Yves Le Car

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LA MAMIE ET L’OISEAU

Il était une fois une mamie qui vivait toute seule dans sa petite maison tout près de la forêt. Jamais personne ne venait la voir. C'était bien trop loin. Sa maison n'était pas plus grande qu'une boîte de bonbons. Mais elle n'avait pas de bonbons. A quoi bon puisqu'elle n'avait personne, pas d'enfants, pas de petits enfants, pas de petits gourmands pour les manger. Pas plus grande qu'une boîte à malices, sa maison. Mais sans malice, puisqu'elle n'avait personne, pas d'amis pour les partager, personne pour échanger avec elle quelques mots, ou simplement, quelques sourires. Elle n'avait pas d'amis. Elle n'avait pas d'enfants. Elle ignorait que bien loin, au-delà de la forêt, au-delà de la rivière, au-delà de la montagne, les enfants jouaient, riaient, chantaient, dansaient peut-être. Bref, sa maison n'était pas plus grande qu'une boîte de rien du tout. Puisqu'elle n'avait rien du tout. Elle vivait toute seule. Ou presque. Elle avait un petit oiseau, mais il était tellement discret, tellement silencieux ! Il ne chantait jamais. Un oiseau qui ne chante pas, c'est comme un enfant qui ne sourit pas.C'est triste. Oui L'OISEAU ETAIT TRISTE ; Je ne vous ai pas dit qu'il vivait dans une cage ? iL AURAIT TELLEMENT VOULU SORTIR, ALLER SE PROMENER, aller visiter un peu la campagne, voler dans les arbres de la forêt, jouer dans le jardin, rencontrer d'autres oiseaux, d'autres animaux, rejoindre pourquoi pas, les enfants, de l'autre côté de la forêt, de l'autre côté de la rivière, de l'autre côté de la montagne ; et la mamie aurait tellement voulu l'entendre chanter. Un oiseau qui ne chante pas , c'est comme un enfant qui ne sourit pas. C'est triste.

Tous les jours pourtant, elle sortait pour aller lui chercher à manger ;il mangeait, sans plaisir, sans chanter.

La mamie était triste. Sans enfant, la vie est triste. Un oiseau, c'est magnifique, c'est superbe... à condition qu'il chante. Sinon c'est comme une nature morte. C'est beau à regarder, mais sans plus.

Or, l'oiseau, l'oiseau de la mamie, ne chantait pas. Il était triste. Et vous savez pourquoi.

Un jour, un jour apparemment comme les autres, mais les jours ont beau se suivre et se ressembler, ils trouvent toujours un petit détail , un petit moment pour se différencier des autres,ce sont les gens qui trop souvent se ressemblent et copient, machinalement, leurs gestes de la veille, de l'avant veille, oubliant qu'après l'avant-veille, après la veille, vient le réveil, puis la merveille ; bref, un jour donc, la mamie, suivant son rythme habituel, sort dans le jardin, cueillir et ramasser la nourriture pour l'oiseau, parce qu'il faut bien le nourrir, même s'il ne chante pas, même s'il ne chante jamais, même s'il ne chantera jamais plus, qu'on lui laisse au moins, à la mamie, le plaisir de le nourrir.

Et ce jour-là, un jour qui, contrairement aux apparences , n'est pas comme les autres, la mamie entend chanter. Si, si, elle est dans le jardin, le jardin si calme d'habitude, si morne, silencieux, elle cueille, elle ramasse, elle récolte, et voilà qu'elle entend chanter. Un chant d'oiseau, pas un banal chant porté par le vent , venant d'on ne sait où . OUI UN CHANT D' OISEAU. D'abord,cela la rassure. C'est vrai je ne vous l'ai pas dit, on ne peut pas tout dire non plus, mais la mamie, à force de ne pas entendre son oiseau, se croyait sourde simplement, et ne s'attendait vraiment pas à entendre, réentendre un jour un chant d'oiseau. Elle écouta, bouche bée ; elle resta un long moment à écouter, avant de réaliser. Si l'on entend chanter un oiseau, c'est qu'il y a... un oiseau ; un oiseau dans le jardin...Et si c'était ? Et si c'était ? Petit à petit, le premier émerveillement passé, cette question lui vint à l'esprit : si c'était Oscar,( je ne vous avais pas dit non plus qu'il s'appelle Oscar, son oiseau, à quoi bon puisque personne ne l'appelait, sinon la mamie qui , obstinément, répétait son nom pour l'inciter à chanter "chante, Oscar, Chante" un peu comme une rengaine, comme un leit motiv, un aide motif, quoi, pour l'aider à se motiver, pour le stimuler)Si c'était Oscar, qui se mette à chanter ? En disant celà, elle n'y croyait pas trop. Il y aurait donc un autre oiseau, un oiseau de la forêt. Elle se mit à l'appeler. Tout en l'appelant, elle revint vers sa maison, les fruits de sa cueillette quotidienne dan son petit panier, un peu plus alerte cependant qu'à l'ordinaire puisque, et d'une elle n'atait pas sourde comme elle le pensait, et de deux, un autre oiseau était dans les parages, qui pourrait, qui sait, stimuler Oscar. Oscar ? Mais... OSCAR !!!

voilà qu'en arrivant à la maison, près de la cage, la cage d'Oscar, la cage était vide, la porte grande ouverte...VIDE VIDE VIDE... Ah oui, je ne vous avais pas dit qu'il était en cage, l'oiseau ; pourquoi ne vous l'ai-je pas dit tout de suite ? Je n'y ai pas pensé, tout simplement ; on ne peut pas toujours tout préciser non plus, rentrer dans les détails. Quoi ? Vous trouvez que ce n'est pas uin détail. Peut-être. Toujours est-il que ce jour-là, la cage est VIDE VIDE VITE LA MAMIE RESSORT, comme sur un ressort - les mots non plus ne sont pas anodins- elle sort et se met à l' appeler : Oscar Oscar .... A ces appels répondent des CUICUI CUICUI comme pour dire oui oui oui oui ici ici.....C'est bien lui qui chante , et la mamie, abandonnant du coup toutes ces victuailles, court, autant qu'elle peut courir, dans le jardin, à la recherche d'Oscar, qu'elle entend toujours, mais de moins en moins bien, de moins en moins nettement, d eplus en plus loin.... Tous les arbres qu'elle frôle semblent la regarder, lui sourire, sopit pour se moquer d'elle, soit pour la rassurer, pour l'encourager. Un écureuil, surpris, lui dit : tu sais, mamie, c'est la première fois que tu oublies de refermer la cage... Oscar en a profité. Vous voyez que les jours qui se suivent ne se ressemblent pas complètement.

Oscar , dans sa cage, ne chantait jamais. Une fois dehors, en liberté, il chante... Comme c'est curieux, se dit la mamie. Et elle se laisse guider par le chant , de plus en plus lointain, de l'oiseau. EVIDEMMENT, elle finit par ne plus l'entendre. Alors, elle interroge. Elle interroge. ELLE questionne ce qu'elle rencontre, même si les rencontres sont rares, et de fil en aiguille, si l'on peut dire, les arbres, les écureuils, les escargots qu'elle voit la dirigent vers la fin de la forêt sans fin : toutes et tous lui ont dit la même chose. Oscar est parti de l'autre côté de la forêt, de l'autre côté de la montagne, de l'autre côté de la rivière , de l'autre côté, là où le monde de la solitude s'arrête, là où le silence est remplacé par des rires d'enfants, des cris d'enfants, des chants d'enfants, des jeux d'enfants, des vies d'enfants.....

La mamie ne se décourage pas, au contraire. Elle marche, elle marche, elle marche ; ELLE RENCONTRE LE VENT, ce vent qui si souvent, fait valser les choses, ce vent qui souvent, fait voyager les tuiles, les arbres , déracinés, ce vent qui sait se montrer t, si sympathique. S'il te plaît le vent, aide moi, emmèe moi, je dois retrouver Oscar, mon seul compagnon. Le vent, sans rechigner , la prend sur son dos, sur ses larges épaules éoliennes ,sur ses ailes immenses,et la fait voyager, au-dessus de la forêt, au-dessus de la montagne, au-dessus de la rivière.... Oscar vaut bien quelques dizaines, quelques centaines, quelques milliers peut-être de kilomètres. Pour retrouver Oscar, rien ne l'arrêtera.Et puis, sur les ailes du vent, ce voyage est un vrai plaisir. C'est là qu'on on peut dire que les jours se suivent, et se ressemblent ; Puisque ce sont des jours d'espoir. Elle vole...comme un oiseau, comme Oscar, elle ressent ce qu'il ressent, elle vole , portée sur les ailes du vent, un mois. Un an. Un siècle ; jE NE SAIS PLUS mais elle arrive,à un moment, non pas un moment donné comme on le croit bien souvent, comme si les moments étaient donnés(!)Non il faut aller les chercher, il faut les trouver les moments. Ils sont tous donnés, le plus difficile, c'est de trouver le bon, le bon moment. Il faut croire qu'elle l'a trouvé, la mamie, ce bon moment, puisqu'elle entend...elle finit par entendre un chant d'oiseau, qu'elle reconnaît, qu'elle reconnaitrait entre mille, entre dix mille, entre des milliards ; puis elle distingue, outre ce chant d'oiseau, outre la voix d'Oscar, d'autres voix, d'autres chants, d'autres rires... des voix , des chants , des rires, d'enfants.NOUS SOMMES ARRIVES, cher vent. Tupeux m'arrêter là.

Oscar est là, au milieu des enfants....Heureux. PLUS EN CAGE. C'était donc cela, se dit la mamie.

Inutile de vous dire, alors je ne vous le dis pas, que la mamie ne retourne pas dans sa maison, sa maison de là-bas, dans laquelle elle a tout laissé, y compris la cage d'Oscar. Comme si Oscar avait besoin d'une cage. La mamie regarde Oscar au milieu des enfants. La mamie regarde vivre le Bonheur. La mamie est heureuse, et ne souhaite plus repartir d'ici. Le vent, le vent transporteur, le vent qui l'a conduite jusque là, le vent peut repartir, retourner chez elle, dans sa maison qui n'est plus sa maison, sa maison pas plus grande qu'une boîte de bonbons sans bonbons, pas plus grande qu'une boîte de malice sans malice, pas plus grande qu'une boîte de rien du tout, et lui ramener,simplement, ce dont elle peut avoir besoin, c'est à dire cette maison qui deviendra, du même coup aussi grande qu'une boîte de bonbons parfumée de rires d'enfants, aussi grande qu'une boîte à malices pleine de jeux d'enfants, aussi grande qu'une boîte de rien du tout pleine de rien du tout, de ces petits riens du tout qui composent le BONHEUR.

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