Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

LE BOA

Aussi triste que soit

Le soir au fond du bois

Le sombre son du cor,

Sincèrement je crois

Au plus profond de moi

Que s'il existe un sort

Plus douloureux encore

C'est celui du boa.

Je dis bien du boa

Et non pas du hautbois

Qui est voisin du cor

Et donc plus en accord :

Ils sont du même bois,

Emploient le même son ;

Alors que le boa

Qui n'émet aucun son,

Son corps n'est pas en bois

Même si c'est le bois

Son unique décor

Vu qu'il naît , et qu'il croît,

(enfin, qu'il grandit, quoi)

et qu'il vit dans les bois

et pas juste aux abords

mais toujours aux abois,

Au plus profond du bois,

et ce, jusqu'à sa mort.

Car ça mord, un boa.

Quand ça prend une proie,

voire deux ou trois proies

Si grosse qu'elle soit,

En une seule fois,

Et en un temps record,

Il la brise et la broie

Et c'est ainsi qu'il croît.

Plus il broie , plus il croît,

Plus il est à l'étroit

Etriqué dans son corps

De boa constrictor.

Que ce soit un corbeau

Sa proie, ou un crapaud ;

Que le premier croasse

Lorsque l'autre coasse,

Cela le laisse froid :

Ce sont des petits poids

Qui font petites proies

Et empêchent qu'il croisse.

En revanche s'il voit

Ou s'il oit un hautbois

Cela le met en joie :

C'est une grosse proie

D'autant qu'autour du corps

Des parois du hautbois

Se trouve un autre corps

Plus gros, plus grand encore :

celui de l'hautboïste

et sans être égoïste

il vaut mieux que ce soit,

à choisir, lui que moi ;

Car en un temps record,

S'emparant à la fois

De l'homme et du hautbois,

Le boa, c'est sa loi,

Sans compter jusqu'à trois

Puisqu'il n' y a que deux proies,

Et sans aucun émoi,

Jamais ne s'apitoie

Et jamais n'atermoie...

Enfin bref, si c'est toi

Qui t'en vas dans les bois

Jouer de ton hautbois

Pourquoi ? Comment pourquoi ?

Pour ne pas que chez toi

Lorsque tu joues trop fort

Cela fasse du tort

Au voisin qui s'endort

Et s'en donne à coeur joie

En rêvant qu'il s'en va

Qu'il sent bon dans les bois

Que le loup n' y est pas...

patati patata...

Toi qui joues dans les bois

Fais attention à toi

Et prends garde au boa

Qui se fout du hautbois

Et de toi plus encore

Mais qui de vos deux corps

Pourrait faire deux proies.

Imagine l'effroi

L'affreux effet de froid

Qui s'accroche et s'accroît

...

Or donc le boa broie

Mais un repas de roi

Ca donne soif, je crois

Alors le boa boit !

Plus il broie, plus il boit

Mais qu'est-ce que ça boit

Un boa, dans les bois ?

Ca doit boire un boa

Tout comme vous et moi

Tout comme un koala

Ou un anaconda.

Ya-t-il de l'eau là-bas ?

ou du lait de soja

ou du sirop d’orgeat

du jus ou du jaja ?

Enfin, quoi qu'il en soit

S'il boit, il n'aboie pas

Et s'il entend tes pas,

Tu ne l'entendras pas

Vu qu'il n'a ni pied droit

Ni pied gauche, ni doigt

Au bout de son corps froid

Il n'a pas d'autre choix

Que de ramper tout droit

Vers son repas de roi

Et sa prise de poids

Une dernière fois

Fais attention à toi

Si tu as fait le choix

De jouer du hautbois

D'en jouer dans les bois

Pour ne pas que chez toi

Ton voisin qui s'endort

Ne crie son désaccord

D'une voix de stentor

Ou même pire encore

Ne débarque chez toi

Avec un gros Danois

Te montrer de quel bois

Il se chauffe. Tu vois !

A moins que ton hautbois

Ne charme le boa

Et qu'il se mette alors

Dressé comme un ressort

A danser dans le bois

A t'obéir au doigt

Et à l'oeil sans effort

Et sans effet d'effroi

Sans que tu en aies froid

Dans le dos ou les doigts

Ce serait maladroit

Pour tenir le hautbois

Désarmant désarroi !

Je ne garantis pas

Alors que le boa

Pourrait demeurer coi

Mais ça dépend de toi

Bien plus que du hautbois

 

Je préfère être un cor

Le soir au fond du bois

Jamais le cor ne m'use

Et son accord m'amuse

Plutôt qu'être un boa

Mais on n'a pas le choix

Sinon de jouer chez soi

Quand on a un hautbois

ET LE VOISIN MA FOI

Il vaudrait mieux qu'il soit

Mélomane plutôt

que lanceur de couteau

Ce qui n'a rien à voir

Du moins dans notre histoire...


 

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