Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

BRETAGNE

Le soleil paraît-il brille pour tout le monde

A L' OUEST RIEN DE NOUVEAU il s'y couche toujours

Du moins il fait semblant

en tout cas il s'y cache

pour mieux peut-être profiter de l'Océan

à l'heure où l'on entend respirer le silence

à l'heure où la planète aquatique s'évade

enrubannée d'ombres magiques

magistrales

comme pour retracer l'itinéraire antique

des légendes celtifiées

Le soleil fait semblant de se coucher à l'ouest

Je l'ai vu dans la nuit à peine dessinée

Je l'ai vu de là-haut à Camaret sur mer

près du manoir en ruines où vécut SAINT POL ROUX

ce poète oublié que nul ne connaît plus

alors qu'il cherche encore au delà des mémoires

au delà de la nuit noire de déraison

au delà des méandres bleus de l'infini

son RIRE

dont l'écho

dans le galop des vagues des algues des galets des galions

des carillons

son rire dont l'écho vient applaudir le soir

les cormorans au corps marrant

et les élégants goélands

qui pèchent non par défaut mais par nécessité

Ce rire je l'entends je l'entendrai longtemps

c'est lui qui accompagne la marche vespérale de l'astre qui descend

Montgolfière de feu

sans se coucher jamais

Je l'ai vu de là-haut le touriste solaire

l'artiste solitaire

soliste solidaire

sémaphore de la terre

Il descend sur la mer

léger comme un phalène

et ils partent tous deux plus loin que l'horizon

plus loin que la raison

loin de la garnison

Tous les Tonnerres de Brest ne les retiennent pas

les phares effarés ne les concernent plus

 

Le soleil paraît-il brille pour tout le monde

S'il est des lieux pourtant où il ne brille pas

la Bretagne s'en passe : il n' y vient que parfois pour

écrire une plage de jade et de galet

de galet de jade et de galet-jade

illustrée de l 'enfance qui s'invente un chateau

Il n' y vient que le soir

pour partir en voyage au plus profond de l'onde

pour partir en naïade

en oeillade

en Iliade

n'ayant guère de proie sur le globe endormi

à l'heure où les galets humides se transforment

en petits grains de celte au gré de la marée,

petits grains égrenés que le

marchand de sable en maître de ballet

verse sur les paupières de misaine des enfants.

 

Ce n'est donc pas vrai qu'il se couche il n'y tient pas

il n'en a ni le temps ni l'envie

bien trop amoureux de la mer avec laquelle il s'évanouit

il s'épanouit

il fuit la nuit

l'ennui

l'uni...

Au contraire il descend

Je l'ai vu piquer un phare et s'y cacher

pareil à un gamin dans une coque de bateau retourné

échoué

et jouer

jouer à disparaître

et je voyais son oeil de cyclope cyclique

cligner par la fenêtre à chaque rotation

A qui fera-t-on croire que le soleil s'en va à l'autre bout du monde

alors que je l'ai vu se cacher comme un môme au phare de l'Ile vierge

pour y passer la nuit

Au contraire il descend c'est l'heure de son bain

c'est l'heure de sombrer

non pas dans le sommeil mais

dans la somnolence de sa

soleillitude

c'est l'heure de son rêve à lui

revigorant

revisitant sa source

c'est l'heure de retrouver les

sirènes sereines

il se laisse tomber

estomper estomper

chargé dès le matin de " l'est" et de céleste :

il se leste de sel quand il délaisse l'est

et il se laisse aller jusqu'à satiété

jusqu'à salinité

jusqu'à sa dignité

jusqu' à se délester de ce sel qui ruisselle

et délesté de sel au matin il remonte

reprend un peu du poil de la baie et de l'est

un peu de lest

pour que de l'Est

il renaisse le lendemain

éternel retour éternel reflux éternel mouvement

émouvant

il renaît

frais comme un gardon

de phare

et tandis qu'on le croit à l'autre bout du monde

il nage tranquillement au milieu de la faune et de la flore marine

sous marine

maligne saumurée saupoudrée des éclats de rire des étoiles

Quand tout est endormi sur les côtes bretonnes

sur cette pointe où tout finit par se taire

par ce mystère

ce clystère

ce Finistère

sur cette pointe où l'infini même n' est plus qu'une ombre dans le sillage d'un coquillage

le soleil est bien plus présent que partout ailleurs

il joue sur les plages récoltant les relents

de rêves enfantasques

il joue dans les châteaux de sable qui s'effritent

il joue sur les rochers il joue dans les genêts

Sur les murs il dessine des ombres d'Iroise

d'ironie diluée

délurée

et les korrigans noctambules s'en amusent

Quel touriste ou quel autochtone remarquera près du port

ce tour malicieux

délicieux délit

délicat délire

des espiègles génies

des ingénus espions de l'infini

qui s'en vont la nuit danser sur l'estran

 empruntant comme cavalières

 les lettres dérobées au front du restaurant

lettres éliminées pour les illuminer

pour les alimenter d'autres enluminures

C'est pourquoi depuis quelque temps

au fronton du restaurant choisi pour cible

on lit REST...ANT

Quant au restant : les lettres d'AUR

ils les ont jetées à la mer

et c'est le soleil qui s'en gave

et qui jongle et qui joue et qui reçoit l'écho du rire du poète

de Camaret sur mer

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