Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

CAMUS : 4 JANVIER 1960

4 JANVIER !

Nous sommes le 4 janvier. La poésie a l'avantage, le privilège, d'être intemporelle. Rien ne lui est jamais étranger. Rien n'est jamais acquis, ni jamais dépassé. Le passé se conjugue, se subjugue, à l'infini. A volonté. Du passé faisons table rare, ou table rose, ou tableau noir, où tout s'inscrit, indélébile. Je dédie habituellement mon spectacle, mes mots, mes vers, mes heureux vers et leurs revers, à quelque poète oublié, ignoré, disparu : poètes de sept ans ; poètes de seize ans, rimbaldiens égarés, effarés, éthérés, sur les bancs des collèges ; poètes de cent ans ; poètes de tout temps. Et de toute saison. Cent rimes. Cent raisons. Rimes par centaines s'entend. Avec ou sans raison. Qu'importe la raison pourvu qu'ont ait l'ivresse. L'ivresse livresque. Qu'importe la raison puisque l'ART est Raison. Aux poètes ! .... Aux artistes ! .... et particulièrement, puisque nous sommes le 4 janvier.... 4 JANVIER 2013....

BONNE ANNEE.... BONNES ANNEES...

Ceux qui sont nés en 1913 auront, ou auraient, cent ans. Sauf que... LE 4 JANVIER...

 

4 JANVIER 1960 : j 'allais avoir huit ans, et j'ignorais....

J'ai huit ans à peine. Je joue, insouciant ; je joue sur le parquet, les autos de mes rêves, de NOREV, étalées devant moi, roulant en tout sens, en toute innocence, en toute puissance, et sans essence, ne prenant de sens qu'à ma volonté, au gré de mon cerveau d'enfant, maître de ces routes improvisées : routes en bouchons de plastique, routes sans arbre. Maître de tous ces véhicules de plastique, maître de leur destin. L'enfant qui joue est maître. L'enfant qui joue est dieu. Combien d'enfants, en ce 4 janvier 1960, combien d'enfants jouaient, à quatre pattes, ou à genoux, tenant entre leurs mains , leurs mains d'enfants, d'enfants magiciens, d'enfants dieux, combien de gamins ce jour-là, tenaient entre leurs mains.... Le Destin.... ignorant que...

 

 Sur une route, une vraie route, près de Sens, alors que le destin, lui, n'en a aucun, de sens, une automobile, une vraie, FACEL VEGA.... FATALS DEGATS...., une vraie voiture, sur cette route droite, en ce 4 janvier 1960, s'encastrait, emportant à jamais....LE PREMIER HOMME. Le premier homme était dans la sacoche. Dans la sacoche de l'homme à côté du conducteur, à la place que l'on dit du mort. Dans la sacoche, près du manuscrit, un billet de train, une réservation non utilisée, à la date du 4 janvier, pour une place restée libre. Vide. Vacante. Dans un train qu'il n'a jamais pris. Mais on prend tous le train qu'on peut, dira Brel. C'est un autre train qui emporte ce jour-là l'auteur du Premier Homme, l'auteur de l'Etranger, l'auteur de La Peste, l'auteur de La Chute . LA CHUTE !

 Chut !  !!! L'auteur, dont le premier livre s'intitulait " LA MORT HEUREUSE" !

 Cet homme était prix Nobel de littérature. Cet homme s'appelait ALBERT CAMUS.

 1913/ 2013 : CAMUS est né en 1913 . Camus aurait cent ans. Sauf que... le 4 Janvier 1960....

 

 Quel petit garçon s'amusait sur cette route, cette route qui menait à SENS, cette route censée aller vers Sens, un sens unique, et sans retour ? Quel petit gosse tenait entre ses mains cette FACEL VEGA.... FATALS DEGATS.... FACEL VEGA....LLIMARD !!!! Plus d'édition. Une éviction. Plus de fiction. Une affliction. Quel gamin a permis qu'un platane, à ce moment précis, traverse la route ? Car c'est sans doute ce qui s'est passé. Il y a tant de choses plus absurdes que celle-ci. Aucun témoin. Aucun obstacle sur cette route droite. Que des arbres... Que des arbres... Arbres de vie.... Arbres de mort....

L'arbre dévie, l'arbre défie, l'arbre défile ; l'arbre sévit, l'arbre s'évade ; l'arbre gambade, l'arbre bat la campagne ; l'arbre décampe.... et l'ART.... Et l'ART est là dans le décor.... L'ART FAIT LE MORT. L ' ART ABSURDE. L' ARBRE ABSURDE. L' ARBRE ABSORBE L' ABSURDE.... ARBRE ACCABLANT ! ARBRE A CAME ! ARBRE A CAMUS !

 " Je ne sais pas si ce monde a un sens qui le dépasse. Mais je sais que je ne connais pas ce sens et qu'il m'est impossible pour le moment de le connaître" impossible... pour le moment... de le connaître.... ce SENS....SENS

SENS !!!!

      " La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, paisiblement mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin. " nos défaillances.... sur un si long chemin...un si long chemin....

 

 Ce chemin, qu'on se rassure, n'est pas terminé. Il faut imaginer Sisyphe heureux. Et continuer. Paisiblement. Résolument. L' Art n'est pas mort. La Poésie n'est pas morte. Le premier homme n'est pas encore né. C'est à lui que je dédie, aujourd'hui, ma poésie.

Copyright "Yves Le Car", tous droits réservés