Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

UNE MAIN, DEMAIN, HUMAIN

" La main à plume vaut la main à charrue " T'as raison Arthur (Rimbaud bien sûr), mais vice versa. La main vaut la main, quoi qu'elle tienne. Ou plutôt, attention, quoi qu'elle tienne de positif, de constructif, de bâtisseur. Que l'on construise le monde à coups de plumes (romans, poèmes, philosophie) ou à coups de charrue ( sillons abreuvés par l'eau du puits, non par le sang d'autrui détruit ; par les larmes de pluie, non par celles des survivants, survivotant, ruminant la proche haine dessinant la prochaine) la main vaut la main. L' humain vaut l'humain.

Mais la main à fusil, la main qui tue, la main négative, destructrice, assassine, la main acharnée, la main à charnier, celle-là ne vaut pas la main à charrue. Celle-là ne vaut rien. Puisqu'elle ne fait rien. Elle dé-fait. Elle détruit. Elle anéantit. Renvoie au néant. NIE. La main qui nie n'est rien face à la main qui crée, face à la main d'où nait... la vie.


 La main qui tient la plume n'est peut-être pas celle qui tiendra la charrue. Pas forcément. Tu peux manier la plume, marier les mots avec dextérité, c'est une chose. Tu n'es pas pour autant efficace à la charrue. En revanche, ton voisin, incapable d'écrire, tiendra à la charrue un rôle tout aussi artistique, tout aussi merveilleux. On retiendra pourtant les noms des mains à plume, Hugo, Zola ,Vallès, Diderot , Montaigne, La Boétie, Giono.... lorsque les partenaires paysans resteront inconnus. Leur témoignage n'en restera pas moins vivant, concret. A chacun son métier. Il faut de tout pour faire un monde. C' est fou le nombre de lieux communs que l'on peut utiliser. Le nombre de clichés, de souverains poncifs habillés d'évidence. Et pourtant ! Il ne faut pas de tout, si l'on en croit Eluard. Il ne faut pas de tout pour faire un monde. " il faut du bonheur et rien d'autre". Phrase de poète. Phrase de rêveur. Phrase d'utopiste. Car qu'est-ce que le bonheur ? Le bonheur des Huns n'est pas celui des Hôtes, ni des hôtes antiques, ni des hôtes tantôt.. Et tant que le bonheur de certains nécessite la négation du bonheur des quelques autres, le monde est en impasse. Deux solutions s'offrent à nous : ou le conflit permanent, la guerre à outrance pour que chacun impose son point de vue, sa vision du bonheur, ou la persuasion, démonstration, exemplarité , lente certes mais plus sûre, d'un bonheur qui ne nie pas celui d'autrui, d'un bonheur qui respecte l'autre et son autre bonheur. Phrase de rêveur encore. Phrase de poète sans doute. Phrase d'utopiste. Mais dans L' Utopie, il y a lutte. Lutte pour parvenir à poser(pro-poser ; dé-poser ; sans im-poser) sa topie, sa copie, son topo. C'est celà l'utopie..... Or not to be !

 

 Non il ne faut pas de tout pour faire un monde. Un monde ! Mon monde à moi n'a pas d'autre horizon que le cercle, déjà bien large, des gens que j'aime, entouré d'un cercle, plus large encore quoique moins visible, des gens que je ne connais peut-être pas et qui sont, comme on dit, de ce même monde : inoffensif, pacifiste, partisan de la Vie, de l' Amour , de la disparition des causes de dissension, frontières, drapeaux, armées, tueries.... ; des millions de gens qui vivent simplement, sainement, au petit bonheur, sans haine, sans violence. Qui vivent, quoi !

 Nullement besoin, dans mon monde, dans mon cercle, sur ma planète, de cette horde de tueurs prétenduement protecteurs, défenseurs, gardiens de je ne sais quelles valeurs, je ne sais quel territoire qui ne demande rien , ni à eux ni à personne, pour être et s'étendre, s'étaler, s'étoiler de tout son long, de toutes nos envies, nos désirs de connaître, c'est-à-dire de naître ensemble, de se reconnaître frères. Frères humains !

 PAS BESOIN DE SOLDATS ! PAS BESOIN D'ARMES ; DANS MON MONDE JE VEUX DIRE. Pas de sot métier, tu parles ! Encore un beau proverbe, encore un lieu commun qui n'est qu'une contre vérité. Oh ! que si, il y en a des sots métiers. Les vaches seront bien gardées. Sans garde-fou, sans garde-folles, sans gardes mobiles ou immobiles.

 Quant à la Paix, elle se gardera toute seule, le jour où, justement, sans ces adeptes de l'adage désuet autant qu'absurde qui voudrait nous faire croire qu'il faut, si l'on veut la paix, préparer la guerre ( si vis pacem para bellum) le jour où nous l'aurons instaurée, cette paix, le jour où, ignorant les frontières (que l'on a dans la tête autant que sur le terrain), ignorant les terroirs, ignorant les tiroirs où l'on nous classe, nous range, nous ronge, nous saigne, nous charrie, nous tarit, nous marie, nous série, nous oeillère, le jour où, faisant abstraction , enfin, des haines séculaires et des chaînes sanguinaires qui nous guidèrent et nous vidèrent et nous sidèrent, de der des der en guerre des nerfs, faisant abstraction des causes de conflit, financières, militaires, religieuses, politiques, industrielles,etc, nous aurons simplement la ferme volonté de vivre ensemble, et de bâtir ensemble, avec nos mains à plume et nos mains à charrue, un monde de paix, non de pays.

 

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