Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

AUX CANUTS INCONNUS

 

Depuis le jour de ma naissance

Via l'Enfance et l'Adolescence

Jusqu'à mon départ en exil

Dans un ailleurs nommé Provence

Aux aléas de mon errance

J'étais Parisien, paraît-il,

Chose somme toute banale

Qui pour moi n'est pas capitale ;

Je n'en ressens nulle fierté.

Le chauvinisme, connais pas ;

Paris a vu mes premiers pas,

La belle affaire en vérité.

Avant que de mes premiers cris

Ne naissent mes premiers écrits,

Et ne riment mes premiers vers,

Il a fallu que je découvre

D'autres tableaux que ceux du Louvre,

D'autres endroits, d'autres envers,

Et ça, Paris n'y est pour rien.

C'est entre vautour et vaurien,

Plus qu'entre Maubert et Beaubourg

Qu'il m'a fallu faire mes preuves :

Dans les caves de La Courneuve,

Où l'on réinventait l'Amour,

Côté cour ou côté jardin,

Côté chance ou côté gredin,

On ne choisit pas son milieu.

Etant Parisien par hasard,

Et par la suite banlieusard,

Je n'en suis ni diable ni dieu !

Celà ne me rend pas plus riche.

Disons que je m'en contrefiche,

Car avant d'être Parisien,

Bien que je le sois de naissance,

Mon coeur a des réminiscences,

Et je suis Lyonnais aussi bien.

Ce n'est pas pour rien, ma parole,

Qu'aujourd'hui je fais le guignol ;

N'y voyez surtout ni...affront,

Ni affriolant stratagème.

Sachez que ma mère elle-même,

Et son père, qui fut charron,

Sont nés à Lyon, y ont vécu,

La plupart du temps sans écu,

C'est pourquoi je me sens si proche

De mes ancêtres inconnus,

De la canaille et des canuts,

Du gône autant que du gavroche.

C'est pourquoi je suis concerné

Par celles et ceux qui sont nés

Dans le ruisseau, le caniveau :

Ceux que l'on traite sans détail

De sauvageons ou de racailles,

Vocables de très haut niveau.

Je suis un gosse des cités ;

Et si aujourd'hui j'ai quitté

Et le béton et les bêtises,

Je ne rejette et ne renie

Rien de ce qui a fait mon nid

N'attendez pas que je pactise

Avec les gens qui, en haut lieu

Décident du sort des banlieues

(Ces mauvais lieux à mettre au ban)

Comme de bêtes à traquer

Un cancer à éradiquer

Sans état d'âme et sur le champ.

Ce n'est pas à coups de Karcher

Ni de mépris en surenchêre

Qu'on réduit l'inégalité.

Face à ces criminels d'Etat,

Et n'en déplaise à leurs quotas,

Je choisis la Fraternité.

Je suis de la France d'en bas

Celle qui lutte et qui se bat

Celle qui rame et qui galère,

Mais quand je vois l'autre morceau :

La France qui se dit d'en haut

Celle qui gère et exagère

Celle qui jongle avec le fric,

Celle qui trame, traque et trique,

Qui budgétise les tueries

La France des thuriféraires,

Celle des affreux, des affaires,

Et dont l'incurable incurie,

N'amène rien en vérité

Que ruine de l'Humanité ;

Quand je vois cette France-là,

Vraiment je préfère n'avoir

Aucune espèce de Pouvoir,

Sinon celui des mots:Voilà !

Je suis de la France du NON :

Non aux cadors et aux canons,

Aux cadavres dans les placards

Des prétendus grands de ce monde,

Non au mépris dont nous inondent

Les mensonges de ces lascars.

Je suis de la France des Arts

Et non des armes, c'est bizarre,

Et non des lois à deux vitesses.

Je suis d'une Europe et d'une autre

Planète que celle où se vautrent

Toutes ces altières altesses.

Je suis d'une planète amie

Des Révoltés, des Insoumis,

Et rien ne m'est plus étranger

Que cette caste universelle

De tyrans... tirant les ficelles

Des menaces et des dangers.

Lorsque le peuple manque d’air

Et qu’il exprime sa colère

Les mots que j’écris sont pour lui

Et ces bouquets de gilets jaunes

Qui viennent fleurir l’Hexagone

C’est la canaille eh bien j’en suis

Je suis de ceux qui manifestent

Sans jamais retourner ma veste

Sans mot d’ordre d’aucun parti

Et toujours je me considère

Solitaire mais solidaire

Des sans grades et des petits

Ceux qui dénoncent l’ Injustice


Je suis également Breton,

Et qui sait si depuis Platon

Je n'ai pas d'autres origines !

Du plus loin de mes souvenances

Je viens du pays... de l' Enfance !

Et qu'on soit d'Afrique ou de Chine,

C'est le cas de tout un chacun ;

N'en déplaise à tous les faquins,,

Les bâtisseurs de barbelés,

Empêcheurs de s'aimer en rond,

Les déboussolés du citron,

Dont la terre est bien trop peuplée.

Je ne suis pas de cette race

Et la famille que j'embrasse,

Celle en qui je me reconnais

C'est celle de ces anonymes

Qui oeuvrent d'un coeur unanime

A bâtir un monde de paix.

Si je vous dis, tenez vous bien,

Que je suis Arabe, ou Indien,

Kurde, Arménien, Tibétain, Juif,

C'est qu'au-delà des étiquettes,

J'ai une éthique, c'est la quête

Vers un monde plus positif.

Quelle est ta croix ? Quel est ton dieu ?

Quel est ton pays ? Ton milieu ?

Peu m'importe ! ce que je vois

C'est un homme pareil aux autres

Avec un coeur comme le nôtre

Le même sang ! les mêmes droits !

EN DEUX MOTS JE SUIS LIBERTAIRE

PACIFISTE : la vieille terre

Que certains voudraient morceler

Ne demande qu'à vivre en paix

Dans un confraternel respect

Sans barbarie sans barbelés.

On n' a besoin pour la bâtir,

Ni de héros, ni de martyrs,

Mais de quelques frères Humains :

Des ouvriers, des artisans,

Des artistes, des paysans,

Architectes des lendemains.

Je suis artisan moi aussi

Et les outils que j'ai choisis

Ce sont de l'encre et du papier.

Le stylobille a remplacé

Le bistanclaque du passé

Et le charme du vieux métier.

Ce sont des idées que je tisse

Avec les mots que je ratisse

Contribuant à ma façon

Même si je travaille seul

A confectionner le linceul

Du vieux monde, comme un maçon

Qui fait naître pierre après pierre

Ce qui n'était sous ses paupières

Qu'un vain rêve la veille encore ;

Comme un paysan, un canut,

Tous ces artistes inconnus

Qui, dans l'ombre et dans l'inconfort,

Sans crime, sans guerre, sans haine,

Font avancer la race humaine.

Mes jeux de mots, leurs jeux de mains,

S'ils ne vont pas toujours de soi

Sont pourtant faits du même bois

Et suivent le même chemin.

C'est pourquoi, Parisien ou pas,

Je suis de la France d'en bas

Celle des humbles, des Humains,

De mes ancêtres inconnus,

DE LA CANAILLE... ET DES CANUTS
 

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