Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

MES MOTS

Mes mots sont mes amis, et même mes amants ;

Et même mes amours, se livrant corps et âme ;

Et mon coeur sans armure en ouvrant leur sésame,

S'émeut et se démène à me rendre dément.

 

  Les mots, il ne faut pas toujours les prendre au pied de la lettre...

  Qui ne dit mot consent

  Mais qu'est-ce qu'on sent ?

 Qu'est-ce qu'on s'en fout !

 Qu'est-ce qu'ils sont fous les mots !

Les mots , faudrait pas croire qu'ils sont toujours faciles dociles ductiles dussent-ils avoir du style

qu'ils ont toujours bon caractère

ils n'en font qu'à leur tête, les mots

même quand tu les crois sans queue ni tête

c'est là qu'ils s'entêtent ;

au moment où tu crois les cueillir

tac, ils te font un tête à queue,

un pied de nez,

un croc en ïambe....

Tantôt s'affinent tantôt s'affolent

tantôt s'affaissent et s'effacent...

 

 Les mots si on les laisse faire

 ils nous font dire n'importe quoi

 ils peuvent être langue de bois

  langoureux langue de vipère

 l'anxiété l'anguille sous roche

 l'anglicisme ou langue de boeuf

 Les mots si on les laisse

FRERES

 Ils se font entendre en tendre

 et se font apprendre par coeur

 S' il ne faut pas les prendre au pied de la lettre,

    prenons les au coeur

 prenons les à coeur :à coeur ouvert

 A coeur vaillant travaillant éveillant les consciences endormies

 ....





Mes mots sont des démons en des mondes charmants

Qui m'enchantent d'abord, puis, charnels, acharnés,

Jusqu'à me déchirer me laissent décharné,

Et c'est moi qui reviens à la charge, en ramant.

 

 La langue de Molière est un langage de mots qui s'accrochent comme lierre,

qui s'en.. Racinent, comme une dent,

et deviennent langue molaire,

qui peut avoir l'air molle , mais comprend TOUT,

du scolaire à l'épistolaire,

du scalaire au scapulaire, du protocolaire aux profondes colères,

des mots qu'on tolère aux mots de tonnerre,

des mots laids , qui nous font une belle jambe, mots.. jetés à la face du monde, à la fonte du masque, jusqu'au mo...derato , muse de la Poésie ;

du mot dit au mot tu (Vivendi) cette façon de vivre sans parler ;

il y a des mots d'Est, qui font lever le Soleil, et ceux qui, à l'Ouest, naissent par occident.

Ne pas confondre les mots d'ordre... et les livres d'OR, les lettres d'OR...



Mes mots sont des aimants qu'anime à nu mon âme ;

Mais avant d'être admis, ou même seulement,

A demi adoptés, il leur faut un moment

Qui dépend de la gomme autant que de la gamme.

 

 Mes mots à moi c'est pas du rap.

Mais qu'importe qu'ils soient durables ou du rêve, pourvu qu'ils frappent, non comme des coups de poings, des coups d'épée dans l'autre,plutôt comme des coups d'oeil, des coups d'oeil de boeuf qu'on frappe à la porte, pour être reçu, pour être accueilli, à bras ouverts, ouverts étant le contraire de verrou, vers où peu importe, il convient qu'une porte reste ouverte à autrui ; mes mots sont comme des mains tendues vers l'Humain attendu, vers Demain détendu...
S’il y a des mots...lassons il y a des mots leçon il y a le son des mots qui est aussi musique

A quoi servent mes mots s’ils ne se mobilisent

Pour défendre mon idéal et quoi qu’on dise

Cette langue qui les façonne et me fascine

C’est celle de BOILEAU c’est celle de RACINE

C’est la rencontre de GIDE et de Bardamu

Et c’est la langue de GIONO et de CAMUS

Mes mots sont à la fois mes mômes et ma mie :

Avant que je les ponde, et les couve, et les couche,

Ils tournent cent sept fois leur langue dans ma bouche

Puis ils naissent de moi dans la polygamie.

 

 NON MES MOTS NE SONT PAS DES ARMES ,mais des armoises ; espèces de plantes à chromatiques ;

ou des armoires renfermant mes effets : mes effets féeriques, atmosphériques, névralgiques ;

mes mots sont des outils de paix qui sèment leur philtre magique sur toutes les casernes les casemates les castagnes et les casse pipe pour en faire des casus embellis ;

mes mots sont des semences pour les temps futurs ; des foetus en photosynthèse qui sont le germe du printemps



Et même si mes mots, si malins, si mutins,

Me torturent parfois, me traquent, me triturent,

Et même si mes mots, avant d'être écriture,

Sous la rature semblent n'être que pantins,



Mes mots sont mes amours, mes amants, mes amis ;

Mes amarres ancrées au port de ma mémoire :

Cette auberge où je sers à manger et à boire

Des mets qui sont les mues des mots que j'y ai mis.

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