Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

L ARBRENFANT

Vous n'allez pas me croire, et pourtant !

Savez-vous qui je suis ?

Qu'est-ce que je suis ?

A votre avis ?

Et si je vous disais que... Eh oui ! je suis un arbre ! Regardez mes branches (montrer les bras) ; mes racines (montrer les pieds) ; mes feuilles (cheveux)...

Je suis sorti tout-à-l'heure de la forêt. Du plus profond, du plus noir, de la forêt. Rien que pour vous. Pour vous raconter mon histoire.

C'est d'abord une mouette.. ah non , une chouette, une très chouette chouette, une chouette-poète, qui est venue me voir, la nuit dernière... souvenez-vous, la nuit dernière, du joli rêve que vous avez fait... non ! vous avez oublié ? En tout cas c'est la nuit dernière que la chouette-poète est venue me voir, s'est posée sur mon bras, euh, sur ma branche, et m'a dit : HOU ! hou ! hou !... ce qui veut dire, en langage chouette, surtout chez les chouettes-poètes : " sors du bois ! sors du bois ! on a besoin de toi ! "

Au loin j'entendais un crapaud trapu qui disait de sa voix grave : CROAOC ...CROAOC ... CROAOC

Et au bout d'un moment, j'ai compris qu'il me parlait, qu'il me disait : "sors du bois ! sors du bois ! on a besoin de toi !

Puis un écureuil, au matin, m' a murmuré à l'oreille ... Bien sûr les arbres ont des oreilles, bien cachées sous leurs feuilles, sinon ils n'entendraient pas les oiseaux chanter, ils n'entendraient pas le vent, ils n'entendraient pas les enfants respirer, courir, jouer, ni toutes ces choses qui ont tant d'importance pour la forêt ; donc l'écureuil, de sa toute petite voix me murmurait (onomatopée/ mimiques) ce qui signifie, en langage écureuil... à votre avis ?... oui bien sûr : "sors du bois ! sors du bois ! on a besoin de toi !"

Quoi ? comment je connais le langage écureuil ? Comment je connais le langage crapaud ? Comment je connais la langue chouette ? Oh ! j'en connais bien d'autres, je connais même le langage des petits enfants quand ils ne parlent pas, quand ils pensent seulement, et qu'ils croient que personne ne les entend... Personne, non ! sauf les arbres. Les arbres, depuis le temps qu'ils vivent dans la forêt, depuis le temps qu'ils entendent tous ces bruits, toutes ces chansons, toutes ces langues que le vent vient leur rapporter de tous les horizons et même d'autres endroits, les arbres , qui ne parlent pas( enfin, on le dit, c'est une autre histoire !) les arbres comprennent tout, ils ont appris toutes les langues. Et puis, après que la chouette , le crapaud, l'écureuil, m'ont parlé, j'ai senti quelque chose, qui me chatouillait, au niveau de mes racines. Quelque chose rampait, grimpait, le long de mon tronc, montait jusqu'à mes branches, jusqu'à ma tête ; ma tête d'arbre, pleine de feuilles ; et je vis... je vis qu'il s'agissait d'un escargot. Il se pencha vers mon oreille et me dit : " je... suis... venu... de ... loin... j'ai... marché... très... longtemps...pendant.... plusieurs... jours.... depuis... l'école... pour... te... dire... qu'on... a ... besoin... de ... toi..." . Et petit à petit, tous les oiseaux de la forêt : merles, rossignols, rouges gorges,mésanges, roitelets, sont venus se poser sur mes branches, en chantant, en sifflotant : CUI CUI CUI CUIC CUICUIC ....Vous savez ce que cela veut dire !

Même le vent, qui connaît tout, le vent, qui me connaît bien, je vous dirai pourquoi tout à l'heure, le vent qui chante plus fort que tout le monde et qui rentre partout, même le vent m'a soufflé à la figure : sors du bois ! sors du bois ! on a besoin de toi !! Tout ça dans son langage de vent, si mélodieux .

Moi qui ne sors jamais de chez moi, de ma forêt, sinon pour les grandes occasions, pensez si j'étais fier, si j'étais heureux... Qui a besoin de moi ?

Et tous ensemble , ils m'ont répondu. La chouette, le crapaud, l'écureuil, l'escargot, les oiseaux, le vent, tous ensemble ils m'ont dit : LES ENFANTS ! LES ENFANTS ! Les enfants voudraient savoir .... Quoi ? Qu'est-ce qu'ils veulent savoir ? Qu'est-ce que vous voulez savoir, les enfants ?... comment TU ES DEVENU UN ARBRE ?!

C'est vrai ? Alors voilà ! c'est bien simple.

Vous avez sans doute entendu parler de ce petit garçon qu'on appelle Pinocchio. Au départ c'était un morceau de bois. Un simple morceau de bois, qu'un menuisier magicien a transformé en petit garçon. En petit garçon vivant. A moins que ce ne soit la fée, après, qui l'ait transformé. Peu importe ! Moi, c'est le contraire. Au début, à ma naissance, j'étais un petit garçon, un bébé , comme tout le monde. Tu as raison, tout le monde n'est pas un petit garçon, mais tout le monde commence par être bébé. Et rien ne m'attirait davantage que le chant des oiseaux. De tous les oiseaux. Je savais à peine marcher, et je les écoutais, de ma maison. JE PASSAIS LA JOURNEE à les écouter chanter. Et très vite, à force de les écouter, j'ai compris leur langage. Essayez, vous aussi. A force d'écouter, de faire attention aux choses, aux animaux, aux amis, on les comprend. Vous verrez. . Les oiseaux , je les entendais, je les comprenais. Ils se récitaient de jolis poèmes, et très vite, à force de les entendre, je les savais par coeur moi aussi, leurs poèmes, et je me mis, avant même de savoir parler, je me mis à chanter comme eux (sifflements)Puis un jour, je les entendis m'appeler : CUI CUI CUICCUIC, ce qui voulait dire, à ce moment-là : viens ici... viens ici... viens jouer avec nous.

J'étais tout petit. Je marchais à peine.Comment aller jusqu'à la forêt ?

HEUREUSEMENT QUE NOUS HABITIONS PRES DE LA FORET . Car, je ne vous ai pas dit que mes parents étaient bûcherons, tout comme les parents du petit poucet, dont vous connaissez peut-être l'histoire. Les arbres, j'avais l'habitude de les voir, de toutes les formes, de toutes les tailles, des gros, des petits, entiers, ou en morceaux ; ils venaient voir mes parents, qui les transformaient, tantôt en armoires, tantôt en lits ; tantôt en bureaux d'écoliers, tantôt en buffet de cuisine ; parfois même( petit air de flûte) oui parfois même en flûte. Les arbres étaient contents que l'on s'occupe d'eux, qu'on leur permette de vivre parmi nous. Ils gardaient leur parfum, leur couleur, leur beauté.

Alors, les arbres, je les connaissais bien.Et les oiseaux aussi, qui les accompagnaient dans leurs voyages. Mais comment aller jusqu'à la forêt ?

Figurez vous qu'ils sont venus me chercher. Comme des copains. Comme des voisins.Et je les ai suivis.Il faut dire que le vent, qui est aussi leur grand copain, le vent les accompagnait, et c'est lui qui m'a pris, qui m' a porté sur son dos, sur ses larges épaules de grand vent. Mes parents n'ont rien vu. Ils regardaient à la télé un reportage.. sur les oiseaux. Comme c'est drôle.

Et nous voilà partis, en sifflant, en chantant, en sautillant...

Et me voilà dans la forêt.

Mais je ne savais pas qu'il y a aussi dans la forêt... DES DANGERS ! Quoi ? Si, je le savais ? Tu penses que je le savais ? Oui, tu as raison, mes parents me l'avaient dit, c'est vrai ; les oiseaux aussi m'avaient mis en garde ; le vent lui-même m'en avait parlé. Mais, vous savez ce que c'est, n'est-ce pas ?

Les oiseaux volaient dans les arbres ; moi je courais, je trottinais plutôt, sachant à peine marcher. Et tout à coup ! à trois mètres de moi, comme de vous à moi, je vois...un animal que je ne connaissais pas (oui , je vois que vous avez déjà deviné, vous êtes bien plus malin que moi) une espèce de gros chien noir, avec une longue langue rose, une gueule grande ouverte, et des dents dedans, des dents presque aussi grandes que moi. QUI ES-TU ? lui demandai-je, curieux mais pas effrayé.

" -JE SUIS LE LOUP ! répondit-il. Je suis le loup et j'ai faim. TRES FAIM.

 - mais, il n'y a rien à manger par ici, pauvre loup

 -si ! si ! si ! si ! me dit le loup. J'ai senti la chair fraîche, et je crois qu'il y a par ici un délicieux petit garçon. "

 En disant ces mots, l'animal s'approchait petit à petit , de moi, et je n'avais pas peur . C'est au moment où il allait m'attraper, et me dévorer, que quelque chose se passa : le loup se transforma... en arbre. Et je pensais avoir rêvé .

En continuant mon chemin, je vis une maison qui me sembla inhabitée . Abandonnée. La porte était grande ouverte, alors, comme j'étais curieux, je m'apprêtai à pénétrer dans cette maison lorsque j'entendis un terrible ronflement . Je regardai en l'air : il n'y avait pas d'avion. Je regardai autour de moi. Etait-ce un ours ? Un lion ? Un cochon ? Non ! il n' y avait rien.

Je me demandais qui pouvait bien ronfler ainsi, et faire autant de bruit, lorsqu'une petite fille sortit de la maison, sur la pointe des pieds, et me dit : "Malheureux ! ne sais-tu pas que tu es ici dans la maison de l'ogre ?

 - C'est quoi un ogre ? moi qui étais encore si petit, je ne connaissais rien de toutes ces choses-là, et la petite fille m'expliqua que l'ogre adorait les enfants.

 - Eh bien heureusement, lui dis-je ! c'est très bien d'aimer les enfants.

 - Que tu es bête, me dit-elle. Il adore les enfants.... pour les manger. D'ailleurs, je ne l'entends plus ronfler... Ecoute ! je l'entends descendre.

 - Mais qui es-tu, toi ? demandai-je alors à la petite fille .

 - Comment ! tu ne sais pas ? on m'appelle petit chaperon rouge, mais je suis en fait, une fée. En effet,elle était vêtue d'un superbe manteau rouge, un peu comme un père noël sans barbe. Mais nous n'avions pas le temps de faire plus ample connaissance ; la maison tremblait déjà, les escaliers craquaient, on entendit tousser, puis une grosse voix, tout près de nous, comme de vous à moi, s'écria : " CA SENT LA CHAIR FRAICHE !! N' Y-A-T-IL PAS PAR ICI QUELQUE DELICIEUX DESSERT DE PETIT GARCON SUCRE.... et je vis devant moi, avant même d'avoir eu le temps de me cacher, de me sauver, avant même d'avoir eu le temps d'avoir peur... je vis devant moi.... vous savez quoi ?

Un énorme.... champignon. Plus gros que moi c'est sûr, aussi gros qu'un arbre, mais c'était un champignon . Heureusement que la petite fille, la petite fée, le petit chaperon rouge, avait été plus rapide que moi, elle qui connaissait l'ogre. Elle avait simplement levé la main vers lui en disant : "champignon !" Et l'ogre s'était transformé ! encore une fois, je l'avais échappée belle.

Le petit chaperon rouge, petite fée, petite fille, devint bien sûr mon amie, et pour ne plus se quitter, elle me transforma en arbre, et se transforma elle-même... en petit oiseau. Ainsi, elle dormait dans mes bras, tous les jours, toutes les nuits, en chantant à mes oreilles toutes sortes de belles choses, comme on sait les inventer lorsqu'on est amoureux.

Alors, nous pourrons vivre longtemps, très longtemps ensemble. Et quelquefois, rassurez-vous, nous redevenons ensemble, juste le temps d'un jeu, une petite fille et un petit garçon... comme aujourd'hui,sauf qu'aujourd'hui.... je me suis un peu déguisé, mais chut ! ne dites rien surtout....

Je ne peux pas, évidemment, vous emmener avec moi, je n'ai pas le droit, pas ici ; mais ce soir, lorsque vous dormirez, dans vos petits lits bien chauds, ne vous étonnez pas si vous voyez passer, derrière les rideaux, une jolie petite fille vêtue d'un manteau rouge. Vous la reconnaîtrez, vous penserez à moi, à nous. Et si jamais ce n'est pas elle qui vient, si ce n'est pas cette nuit, je vous promets qu'elle viendra. A moins que vous n'entendiez un oiseau, un bel oiseau chanter, dans votre jardin, ou près de la fenêtre ; près de votre lit, pourquoi pas ? Peut-être même viendra-t-il, tout- à- l'heure , dans la cour de l'école. Alors vous saurez, à ce moment-là, que c'est elle : la fée, ma fée, ma princesse à moi, mon chaperon rouge . Elle viendra vous chercher pour venir avec nous jouer dans la forêt . Ne craignez rien, il n'y a plus de loups ; en tout cas, ceux qui restent, nous les avons apprivoisés. Et les ogres, s'ils ne sont pas seulement dans la forêt, si l'on en trouve un peu partout, même dans les villes, les villages, pensez, si vous en voyez,, au petit chaperon rouge. Peut-être êtes-vous, vous aussi, un peu magiciens, un peu fées. Regardez-les droit dans les yeux, levez la main, et criez très fort : champignon !!

A MON AVIS, S' ILS NE SE TRANSFORMENT PAS TOUT DE SUITE EN CHAMPIGNONS , VOUS POUVEZ ETRE SURS QU' ILS SE SAUVERONT AU PLUS PROFOND DE LA FORET... ET QUE PLUS JAMAIS, PLUS JAMAIS , ILS NE REVIENDRONT.

Les arbres, c'est malin, quest-ce que vous croyez ? D'ailleurs, quand vous viendrez me voir dans la forêt, si vous voulez, je demanderai à ma petite fée de vous transformer, vous aussi. En quel arbre voudrais-tu, toi par exemple, être transformé ? ET TOI ? ET TOI ?....

Bon, je vous laisse, il faut que je retourne,on m'attend . Mais, c'est promis, nous restons amis. Je viendrai ; nous viendrons, une nuit, vous chercher. Tenez vous prêts. A bientôt.

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