Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

PAUVRES RUES DE BLUFF ( texte figurant sur le CD pacifiste)

Les noms des rues parfois leur donnent un air triste

Ce sont toujours des noms qui évoquent la guerre :

Des nom de généraux, de maréchaux et guère

De patronymes plus humains, plus pacifistes.

 

Pourquoi entretenir jusque dans nos ruelles

La mémoire de ceux qui se sont fait un nom

A coups d'épée, de baïonnette, de canon,

Entraînant trop souvent dans leurs desseins cruels,

 

Une foule toujours très jeune d'anonymes

Partant défendre, croyaient-ils, la Liberté,

Mais rentrant pieds devant, et n' ayant récolté

En fait de gloire que les larmes des intimes.

Sitôt qu’on déménage on est à la merci

De ces édiles patriotes qui nous offrent

Des rues Leclerc, des rues De Gaulle, Juin ou Joffre,

Plutôt que des Lecoin, Rostand, La Boétie,

Monclin, Gauchon, Reclus, Cabu, Sébastien Faure,

j’ en passe et non des moindres, tant la liste est longue

Des femmes et des hommes , connus ou quelconques,

Qui valent mieux que ces légions de nécrophores.

Combien de rues Séverine Olympe de Gouge

Germaine de Stael Rosemonde Gérard

Sabine Sicaud Marguerite Yourcenar

Rosa Parks ou encor Louise La Vierge rouge

 

Si l'on donnait aux rues des noms de bienfaiteurs,

De bienfaitrices, trop souvent restés dans l'ombre,

Plutôt que de les affubler de ces trop sombres

Noms de sanguinaires, sempiternels tueurs !!!

On laisserait alors un tout autre héritage

Aux écoliers futurs fiers de s’identifier

Aux bâtisseurs d’une planète pacifiée

Ouvrant sur d’autres horizons, d’autres images.

J'ai rencontré un jour dans la rue Lazare Hoche

Une petite femme, pourtant bien plus grande

Que cet hurluberlu qui envoyait des bandes

D'innocents se faire tuer ... pour quelques cloches.

 

Cette femme, pour ceux qui ne l'ont pas connue,

S'appelait Thérèse Collet, et fut longtemps,

Avec Raymond Rageau, autre grand militant,

Un solide pilier, quoique toute menue.

 

C'est chez eux que je fis, non mes premières armes,

Vu qu'il n'était question que de les supprimer,

Mais en tout cas mes premiers pas. J'aurais aimé

Que mes mots aujourd'hui s'imprègnent de leur âme !

 

 

Il y eut aussi dans la rue du maréchal Foch

Un certain Louis Lippens, plein d'allant, de talent,

Qui animait l'excellente revue ELAN :

Comme quoi on peut faire du beau... dans du moche !

 

 

Sans oublier non plus la rue Paul Déroulède :

Qui claironnait son cocorico va-t-en guerre !

Or, c'est dans cette rue d'Asnières que naguère

A vécu un poète à la pensée moins laide.

 

Il écrivait des vers aussi, mais s'il parlait

De la guerre bien sûr, c'était pour la bannir

Non pour la glorifier, sachant que l'avenir

Ne peut pas se bâtir sur du sang ! s'il vous plaît !!

 

"S'il faut en avoir peur, disait-il, de la guerre,

Il faut surtout en avoir honte ! En avoir honte !!

Il serait temps enfin que l'on s'en rende compte.

C'est pourquoi, aux élus d'Asnières, je suggère

 

De mettre cette vieille plaque... à la poubelle.

La rue mérite mieux, elle serait plus belle !

Et pour ma part je trouverais assez plaisant

De la rebaptiser : "RUE MAURICE LAISANT "

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