Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

LA POUDRE ET LES BALLES

VICTOR HUGO, dans les Orientales, parle d'un enfant grec, témoin d'une guerre, une parmi tant d'autres, une comme les autres, une de ces inutiles et horribles tueries semblables à toutes, et, l'interrogeant fictivement, lui fait dire :

je veux de la poudre et des balles.

Il faudrait se reporter au texte intégral, pour ceux qui ne le connaissent pas ; Je ne cite que les quelques vers nécessaires à la compréhension de ma réponse :

" Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,

Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,

Courbait sa tête humiliée.

Il avait pour asile, il avait pour appui

Une blanche aubépine, une fleur, comme lui

Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux.

Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus

Comme le ciel et comme l’onde,

Pour que dans leur azur, de larmes orageux,

Passe le vif éclair de la joie et des jeux,

Pour relever ta tête blonde,

Que veux-tu, bel enfant, que te faut-il donner

Pour rattacher gaîment et gaîment ramener

En boucles sur ta blanche épaule,

Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront,

Et qui pleuvent épars autour de ton beau front,

Comme les feuilles sur le saule ?

....

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois

Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,

Plus éclatant que les cymbales ?

Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?

AMI, DIT L’ENFANT GREC, DIT L’ENFANT AUX YEUX BLEUS,

JE VEUX DE LA POUDRE ET DES BALLES "

Victor Hugo (1829)

Ami, dit l 'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,

Je veux de la poudre et des balles.

Le ciel m'en est témoin, lui qui de honte pleut,

Quand tinte l'écho des cymbales ;

 

Lui qui voit, d'un côté, l'enfant heureux qui joue,

Tombant cent mille fois pour rire,

Et de l'autre côté du monde, mis en joue,

Cent mille enfants, qui vont mourir ;

 

Le ciel m'en est témoin, ainsi que la raison,

Le poète a pu se tromper

En pensant que l'enfant, sortant de la maison,

Voulait vraiment participer

 

A cette horreur ! A cette horreur ! cette tuerie,

Ce crime commis par des grands !

Le poète, c'est sûr, n'a pas du tout compris !

Mais la folie... Qui la comprend ?

 

Le poète aurait pu, lui par ailleurs si grand

Par la pensée et par la plume,

Défendant l'opprimé, dénonçant le tyran,

Acclamant l'espoir qui s'allume ;

 

Le poète aurait pu, lui par ailleurs si doux

En protecteur de l'innocence,

Lui qui a su sortir un crapaud de la boue,

Anoblissant toute souffrance ;

 

Le poète aurait pu, lui si doux par ailleurs,

Donner une chance à l'enfant,

Car il est le témoin, mais aussi l'éveilleur

D'un rêve immense et triomphant !

 

Le poète aurait pu ! - le poète est un dieu

Qui, d'un coup de crayon magique,

Peut effacer l' abject, l'ignoble, l'odieux

Et peindre un jardin magnifique !!

 

N'y a-t-il pas assez d'enfants qu'on pousse au crime

Dans ce qu'on nomme le réel ?

Que le poète au moins, par l'enfant, nous exprime

L'idée d'un monde moins cruel !

 

S'il donne la parole à l'enfant, le poète

Prend la responsabilité

D'en faire un héros... mort ! ou un vivant prophète,

Un symbole d'Humanité !

 

Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,

Je veux de la poudre et des balles !

Si vous l'aviez laissé finir sa phrase au lieu

D'interpréter son idéal,

 

Il aurait dit, peut-être, le bel enfant grec,

Que la poudre qu'il désirait,

C'était la poudre... d'escampette et fuir avec

Des balles pour jongler en PAIX

Copyright "Yves Le Car", tous droits réservés