Poesies et Contes par Yves Le Car

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INTELLIGENCE

Si nous parlions un peu d'intelligence ! L'intelligence est-elle une vertu ? L'intelligence est-elle l'apanage de certains ? de certaine classe, sociale, politique, corporative ? L'intelligence est-elle réservée à une élite ?

Peut-on parler d'intelligence dans tous les domaines ?

Justement pas ! Tenez, au hasard, prenons l'Armée ! l'intelligence est-elle une vertu militaire ? une qualité militaire ? pas précisément, au contraire !

On parle plutôt de stratégie. Strate et gît, l'avers et le revers du même phénomène. Strates, ce sont les couches de terrain sous lesquelles, plus tard, on... couche, on gît . Un bon exemple de langue de bois . Car les militaires, comme tout corps de métier, ont leur langue de bois. Pas de boa, ni de vipère, j'ai dit de bois. Leurs, comment dire, adversaires, souvent d'une autre langue, et d'un autre bois, paraît-il, après s'être frottés à eux et avoir constaté de quel bois ils se chauffent, s 'échauffent et se réchauffent, de quelles bottes ils se chaussent et à quelle sauce on les boit, récoltent jambes de bois, croix de bois, petites boîtes en bois et autres déboires. La stratégie, c'est l'habileté à venir à bout de l'ennemi, et, avant cela, c'est l'art de se choisir un ennemi. On nomme ainsi, dans le langage militaire, la, ou les, de préférence, personnes, le , ou les, pays, sélectionnés pour tester la puissance, l'argumentation, la conviction d'une armée. Car sans ennemi, pas de stratégie ; sans stratégie, guère de guerre . Sans guerre, pas d'Histoire, car les gens heureux n'ont pas d'histoire, et ne font pas d'histoires ; et sans Histoire évidemment, pas de bon exemple pour illustrer l'enseignement (que l'on peut écrire indifféremment avec un E ou un A) enseignement de nos chers à canon, non, de nos chères têtes bleublanrouges, bleues comme la ligne des faux-jeux, blanches comme tous les morts des champs de bétail, rouges comme les fleuves de sang qui prirent leur source dans ces corps encore vivants pour se jeter dans l'amer.. tume, la mer posthume, dans la terre avide , aride, acide, assidûment nourrie ainsi depuis que l'immonde est monde. Sans Histoire, pas d'exemple patriotique, pas de repère temporel, pas de culture, pas de sépulture, pas de futur... La stratégie, c'est l'intelligence de l'Armée, tout comme le mollet est l'intelligence du coureur, le collet l'intelligence du braco et la muleta l'intelligence ... du tortionnaire. Pourtant , le militaire, lui (non, il s'agit du pronom personnel, pas du verbe luire) le militaire ne parle pas d'intelligence, ou quand il en parle, c'est avec une connotation très négative, condamnable,chargée de déshonneur !

En effet, le militaire, lorsqu' il parle d'intelligence, c'est d'intelligence avec l'ennemi. Ce qui veut bien dire que les deux termes sont incompatibles, inconciliables, inconcevables. On ne peut agir envers l'ennemi avec intelligence. Sous peine de s'attirer les foudres... des foudres  !

 S'il y a ennemi, il n'y a pas intelligence. S'il y a intelligence, il n'y a pas ennemi.

L'intelligence avec l'ennemi, c'est traiter l'autre, l 'adversaire, le méchant, l'étranger, le danger, comme s'il était l'autre, le partenaire, l'ami, le semblable, le frère.C'est grave, ça ! Le militaire a oeuvré, manoeuvré, sabré, châtié, chassé, ressassé, des années durant ; fabriqué un ennemi ; préparé le terrain ; séparé les territoires, les terroirs, les tiroirs, les mouroirs ; dénoncé ce démentiel démoniaque ; et voilà qu'un rebelle, un félon, un filou, un vilain, un faquin, un coquin, fantasque fauteur de troubles et toubleur de troupe, antipatriote, peut-être même pacifiste, viendrait saper tout le travail de la famille patrouille, et tout le moral des joueurs !

 

 L'intelligence, c'est la capacité à comprendre, à réfléchir, à penser. L'intelligence, c'est l'aptitude à agir avec discernement. L'intelligence, c'est une propension à se poser des questions : sur les choses, les éléments, les événements. L'intelligence, c'est l'art d'analyser l'information, d'interpréter une situation ; de donner son avis, son opinion ; de dire oui, ou non ; et d'agir de sa propre initiative, de son plein gré, en son âme et conscience. L'Armée exige, elle, tout le contraire : obéissance, soumission, discipline, ordre....Toi, citoyen ; toi, individu ; toi, numéro parmi les non-héros, ombre parmi les ombres, nombre parmi les nombreux zombies fabriqués, formatés, fortement matés, pressurés, essorés, restaurés, dévorés, décorés, enterrés, atterrés... L'Armée pense pour toi. Elle pense, donc, tu suis ! tu n'as qu'à obéir, et lui faire confiance. Si chacun se mettait à penser par soi-même, où irions-nous ? Et où irait le monde ?

.... A LA PAIX , sans doute !

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