Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

CONTROLE D ’ IDENTITE ( dialogue figurant sur le CD pacifiste, dit avec Vinçen Ozanam)

-CONTROLE D'IDENTITE ! votre nom. Vos papiers.

- ça commence bien

- comment ? qu’est-ce que c’est quoi que vous avez dit ?

- j’ ai dit ça commence bien

- vous avez pas dit ça. Vous avez dit ce con me sent bien. Injure à la farce publique. Vous êtes en état d’arrestation

- non, de prestation. D’avant la station.

- quelle station ?

- la prochaine, celle où vous descendez.

- allons allons cessons de plaisanter. Votre nom ! vos papiers !

- Mon non, vous l'avez. Quant à mes papiers...

- Comment votre nom, je l'ai ? Je ne l'ai pas votre nom !

- mais je vous le dis ; je vous le donne. Je vous dis "NON" : je vous dis mon non.

- allons ! allons ! cessons de plaisanter. Avez-vous des papiers ?

- des papiers ! des papiers ! ... mais, j'en ai plein les poches, des papiers : des brouillons de poèmes ; des notes de lecture ; lettres de ceux que j'aime... ou que je n'aime pas ; factures ; prospectus.... J'en ai bien une centaine, une centaine de papiers, vous voyez, je suis un CENT PAPIERS !

- c’est bien cela qui nous intéresse. Ce sont des pièces à conviction

- ou bien des pièges à conditions. A compulser sans compulsion

-allons ! allons ! cessons de plaisanter. Votre identité !

- oh mais ! je n'ai pas d'identité. Je ne suis identique à personne. Je suis UNIQUE !!!

- Ah ! ça ! pour être unique, vous êtes unique ! mais quel est votre nom ? Comment vous appelez-vous ?

- qui, moi ? Je ne m'appelle pas ! je n'ai pas besoin de m'appeler. Je suis là ; toujours là. Pas toujours présentable, mais toujours présent. Quoi qu'on puisse parfois se poser la question !

-effectivement. Vous m'avez l'air un peu...absent, un peu ailleurs, un peu demeuré...

-Vienne la nuit , sonne l'heure, le jour sent bon...je demeure !

-Mais qui êtes-vous donc ?

- AH non non non non non !! la question n'est pas là ! Le "qui" est superflu, avant d'avoir répondu à la vraie question : "Etes-vous ?" Eh oui ! suis-je ? Avant de savoir qui ! Je serais tenté de répondre : "je pense, donc je suis !" mais, est-ce que je pense ? c'est une autre question. Et lorsqu'on suit, en général... lorsqu'on suit UN général, ou un particulier...

- vous connaissez un général en particulier ?

- non, je parle d'un particulier en général, avec ou sans particule, avec ou sans matricule,qu'il gesticule ou manipule un réticule ridicule...

-bref !

-lorsqu'on suit, disais-je, qui que ce soit, c'est bien souvent parce qu'on ne pense pas. On pourrait tout aussi bien dire : " je ne pense pas, donc, je suis : je suis le mouvement ; je suis les ordres ; je suis la foule ; je suis les autres ; je suis la mode, je suis...vous me suivez ?

- je ne pense pas, non !

-je m'en doutais

-mais je crois que je vais vous suivre de près.

- qui m'aime me suive !

- oh je ne vous aime pas.

-je ne vous en demande pas tant. Je ne vous demande rien d'ailleurs. C'est vous qui m'avez demandé qui je suis, et si je suis.

- ah non ! si vous êtes, c'est vous !

- comment ! si vous êtes chez vous ?

-non ! c'est vous qui vous êtes demandé si vous êtes !

- si je suis quoi ?

- je vous le demande.

- eh bien, vous voyez !

- allons, allons, ne vous faites pas plier ; ne vous faites pa...pillon ; ne vous faites pas prier. Plaisantez vos papiers.

- Non je ne plaisante pas.Oubliez ces papiers, pliés, mais non triés,tout éparpillés, que vous voudriez vous approprier.

- Ce ne sont pas des papiers d'identité !

- Je ne sais s' ils sont dits...d'entité, de mendicité,de précarité, de modalité, mais ils sont en quantité, et en tant qu'entité, pas de quoi s'inquiéter, ni empiéter sur mon empire. Disons que ce sont des papiers d'harmonie ; et si nous ne sommes pas en harmonie, c'est que je ne suis pas dans vos petits papiers.

-ma parole , vous êtes complètement dérangé !

-je ne vous le fais pas dire : c'est vous qui me dérangez.

- vous ne seriez pas, plutôt... innocent ?

- ah si, tout à fait ! tout à fait innocent . Mais puisque vous-même en êtes persuadé, pourquoi alors m'importuner ?

- c'est moi qui pose les questions. Que faites-vous dans la vie ?

-pardon ! dans la vie de qui ?

- dans la vie de qui ! dans la vôtre ! de quoi vivez-vous ? Que faites-vous de votre vie ?

-et vous ? Hein ? Et vous, qu'en faites- vous de la vie ? Et que faites-vous dans la mienne ? Que faites- vous sur mon chemin ? Et... la vie ?! que fait-elle en moi ? Peut-être faudrait-il lui poser la question. Car si je suis en elle, elle aussi est en moi : nous sommes l'un dans l'autre, et c'est très bien ainsi...

-Oh la la ! je vous arrête !

-Au nom de quoi ?

-Au long de la noix...Au noix de la lon.... Au nom de la loi.

-la loi de l’arrêt public ! vous allez m’arrêter en public ?

- je ne vais pas m’en priver ;suivez moi z’au poste. Avez vous vos permis ?

- Dans tous ces permis je m'y perds. Lequel vous faut-il ?

- Votre permis d'écrire. Votre permis de clamer. Votre permis de penser. Sachez que nous sommes en état d’urgence

- grâce à la résurgence de l’état

- quoi que c’est que c’est que vous voulez dire par là ?

- je veux dire qu’effectivement il y a des tas d’ urgences mais la première de toutes , c’est de mettre l’Etat hors d’état... de nuire

- oh ! il va vous en cuire.

- j’aurais pas cru

- grâce à l’état d’urgence ,des lois récentes et intéressantes ont été créées :"Ne pense pas qui veut. Il pense, donc je le suis", telle est notre consigne

- que les cons signent

- qu’est-ce que c’est quoi que vous avez dit ?

Je disais : que les conciliations ; que les conciliabules...

- pas question de bulles. Suivez-moi z'au poste.

- Enfin, je vais passer dans le poste. Merci. Je vous... fuis. .. Qu'est-ce que je fais de ma vie ? A votre avis ?... J'en vis ! je vis mes envies et ne vins pas en vain. Disons que de ma vie, j'essaie de faire un grand et beau poème, tissé d'Amour, et d'Utopie...Je préfère être en utopie plutôt qu’en butte au pire. Je cueille les sourires des enfants, pour les accrocher aux nuages et ensoleiller la planète !!!

- décidément, vous n'êtes pas net !

- que voulez-vous ? Je suis poète.

-ah ! nous y voilà ! poète ! poète ! mais ce n'est pas un métier !

-peut-être. Mais c'est ma passion ; mon occupation ; ma délectation ;ma seule ambition.Ma vie, quoi ! c'est ça, ma vie ! Disons ma profession de foi...RE ! je suis poète, comme on dit, à mes heures : à toutes mes heures ! Toutes les heures du jour ; toutes les heures de la nuit ; à la bonne heure ; à la douce heure ; à l'heure du berger ; au siècle des Lumières ; à la minute d' insolence... A la première occasion ; à la seconde classe ; au troisième larron ; au quatrième top ; à la cinquième saison ; au sixième sens ; au septième ciel ; à la huitième merveille du monde ; à la neuvième symphonie ; à la der des der...A la une à la deux à la claire fontaine ; au clair de lune, à l’ombre de l’autre ; au coucher du soleil, au lever de rideau ; à la vie comme je te pousse au printemps en automne en été en hiver... couvert d'un pullover ou bien nu comme un ver, je fais des vers : des vergers, des verdures, des vertus, des vers lents , des versets, des vers sots, des vermoulus, goulus, voulus, des vérités déverrouillées,dévergondés parfois, des vers coquins, coquets ou tendres, des vers à crier sur les toits, à tue-tête, à cor et à cri, a cappella et à bien d'autres... des vers que je rêve à votre santé !!!

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