Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

L AUTRE ROLE DU POETE

O je voudrais écrire et n'avoir rien à dire

que des mots innocents

banals

inconséquents

de ceux qu'on se répète

amants en tête à tête

de ceux qu'entre voisins dicte la politesse

J'aimerais que l'actualité fût au beau fixe

et le ciel des plus tendres

vide de commentaires

les chansons n'auraient plus à déguiser d'espoir

les rêves les plus fous

l'angoisse la plus dingue

les poètes navigueraient sans artifice

sans s'inventer des couleurs focales

ou vocales

de lendemains qui chantent

O je voudrais n'avoir que des prénoms d'enfant

à clamer sur les lignes de ma portée

à portée de ma voix

à perte de ma vue

n'avoir d'écho que des cascades d'éclats de rire

ad libitum

Je voudrais que les mots ne soient plus vénéneux

ne se fassent plus armes

contre la haine

la peur

qui clôturent nos vies

et aspergent

l'Enfance...

Mais il est des moments où l'on ne peut se taire

mais il est des moments où il n'est plus possible

de déguiser ou d'aiguiser

à sa guise les mots

en guirlandes

en étoiles

tel un illusionniste

 

Il arrive un moment où tu n'as plus le droit

Poète

de te retrancher

te ranger

étranger

dans la beauté-mensonge

de tes vers de tes songes

de tes rimes -éponges

d'une prose peu rose

Il arrive un moment où l'important n'est plus

la musique du mot

mais son sens, son essence ;

un moment où le gosse

qu'on assassine à petits feux

ou à grands feux

feux de joie

jeux de foi

en proie

en joue

au choix

des fous

te saute aux yeux

inévitablement

indubitablement

un moment où sa mère

qui s'obstine à croire en son rôle de femme

d'épouse servile

a besoin de ta voix

pour qu'on se souvienne qu'elle

existe

un moment où son époux

qui se tue la santé

à faire tourner l'industrie d'un pays

qui se soucie de lui

comme d'une guigne

, d’un guignol

où cet époux et père qui se mutile de sa vie

intime

privée

c'est-à-dire interdite à lui-même

comme à ceux qui la partagent

qui se frustre d'une possible prospérité

dérisoire

pour un salaire tout juste capable de lui payer

d'artificielles parcelles

de ce qu'ils appellent

Bonheur

qui ne serviront encore qu'à ceux qui se paient

sa tête

sa traite

sa retraite

sa détresse

sa déprime

avec l'argent qui manque à son salaire

l'argent que cet individu époux et père

leur rapporte

 

Il arrive un moment où cet individu

époux et père

t' interpelle

par solidarité humaine interposée

t'appelle à la révolte

Il arrive un moment où tu n'as plus le droit

Poète

de te taire

où tu n'as plus le choix

d'abriter tes fantasmes dans ta tour d'ivoire

QUAND LE PEUPLE

Aveuglé

aveuli

amolli

démoli

assourdi

abasourdi

abruti

avili

aviné

laminé

par les décibels de silence et d'insolence

gouvernemental

monumental

du silence mental

menteur

bonimenteur

hypocrite

quand le peuple inondé

sondé

assailli

oppressé

agressé

harcelé

écartelé

de publicité-duplicité

d'appels au factice bonheur égoïste

carotte-marotte

jamais atteinte

lendemains qui sentent

le soufre

le gouffre

l'égoût

le dégoût

Quand le peuple

drogué

harangué

étranglé

de tiercé de télé

hypnotisé

robotisé

par le boulot-boulet-boulimie-anémie

accablé de discours

de promesses gratuites

Quand le peuple dupé

défilé de morts vivants

d'automates téléguidés vidés ridés bridés

par un Pouvoir-fascination

machination

machine à sous

...

Quand le peuple mannequin

réduit à rien

à un groupe désuni et amorphe

démuni

impuissant

servile

obéissant

aveugle

Quand le peuple se tait

parce que sous semblant

de Démocratie

des mots crasseux

des mots rassis

on lui a coupé la parole

la langue

en substituant à sa voix

une marionnette malhonnête

qu'il croit être à son image

...

Quand le peuple se fait muet, murer, rouer ; rouler

couler

saoûler

Sous les pavés l'attelage

ALORS

Alors c'est à toi

Poète

il me semble

c'est ton rôle alors

Toi qui sais

de hurler de gueuler

La Vérité

La Vérité

Non pas que tu la détiennes

Ni qu'elle soit Unique

ou que tu sois prophète

même si tu es pour la fête

La Vérité je veux dire

en tant qu'évidence

la parcelle de vérité qui naît de ta réflexion

 

Car il est des moments où tu ne peux plus

la Conscience Libre

voiler la cruauté la vilenie des choses

de certaines choses

les choses à dénoncer

sous peine d'être taxé toi qui as la parole

de réactionnaire

sous peine d'être accusé

par ta conscience même

de mentir par omission

même si..

même si tu aimerais que ce fût autrement

même si tu considères

de ton devoir

de ton rôle

de ta mission

de poète

ou d'Humain tout simplement

d'oeuver à ce qu'elles soient autres

ces choses

Il est des moments

il arrive

UN moment

où la vérité si laide soit-elle

est trop évidente

est trop aveuglante

il arrive un moment où il serait par trop

Criminel

complice

au regard de tes propres yeux

de se taire

de se terrer dans un silence

consolateur

conservateur

QU'ON SE LE DISE

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