Poesies et Contes par Yves Le Car

livres de poesies

VOYAGE EN ARBORIE ou LA FORET ENCHANTERESSE

( introduction à la flûte, air gai , entraînant et facile à reprendre, proche du thème des 7 nains : "siffler en travaillant")

 

Le chêne un jour dit au roseau :

" Que vous êtes joli !

Que vous me semblez beau !"

 

 Ce chêne était immense . Le plus grand, le plus beau, le plus haut, le plus beau sans doute , de tous les arbres de la forêt . Et la forêt était immense. Profonde. Sombre . Infinie . Personne jamais n'y pénétrait. Pas même le soleil. Ou alors,si ! une fois dans l'année. Une fois par an, le toit de la forêt s'ouvrait, comme par magie. Un toit de feuilles, épais comme la carapace d'une tortue millénaire ; épais comme le manteau de cuir d'un dinosaure géant ; comme la couverture de terre d'une planète inconnue. Une seule fois par an, la forêt invitait le soleil à entrer dans son antre, dans son centre, et le soleil lui offrait un peu de lumière, un peu de chaleur, un peu de sourire, ces nourritures, ces vraies richesses dont tout le monde a besoin, même la forêt la plus sombre, la plus noire, la plus froide .Sinon personne, jamais, ne pénétrait dans cette forêt. Ou alors, si : le vent ! le vent, bien sûr ! le vent, ce vilain voleur volant et violent , ce colporteur collant, ce rapporteur rapace, ce voyou voyageur, qui venait quelquefois raconter à la forêt quelques secrets des hommes, quelques échos humains. Car les humains, hommes et femmes, ne s'aventuraient jamais au coeur de la forêt, ayant bien trop à faire avec leur propre coeur. Seuls, les enfants, parfois... Mais c'est une autre histoire, que je vous dirai tout à l'heure.

 

 La forêt donc était immense. Et le chêne énorme, hors norme, en forme de bonhomme, non pas de neige mais de bois, aussi fort en somme qu'une montagne, le chêne était, ça va de soi, le roi de la forêt . Comme il est dit que le lion est le roi des animaux. Et la rose la reine des fleurs.

 

" Que vous êtes joli !

Que vous me semblez beau !"

dit un jour le chêne au roseau.Le roseau, je ne devrais pas le dire, était son fils. Mais c'est une autre histoire. Ne dites rien, le roseau ne le sait pas. Pas encore. Car le roseau était,au contraire, minuscule. Miniminimini . Le plus petit, le plus fragile aussi, de tous les arbres de la forêt. Ce n'était même pas un arbre, ni un arbuste, mais un arbrisseau : moitié arbre, moitié ruisseau . Pas même une branche, tout juste une tige. Oui, une tige. Verte. Une tige verte qui avait le vertige en regardant là-haut ce grand chêne chenu, cet ancêtre, ce grand maître dont il ne voyait même pas la tête.

 

" Que vous êtes joli !

Que vous me semblez beau !"

lui rapportait l'écho.

D'abord il n'entendit que des sons indéfinis, que des voyelles voyageuses, que des diphtongues non distinctes : E ... OU... ËËË...E....O...I... / E...OU...E....EM...Ë ....OOOO... et il pensa que c'était le vent qui lui parlait ainsi, lui rapportant peut-être quelque histoire des hommes : de ces hommes qui, dit-on,vivent là-bas, dans des maisons, vivent de si drôle façon, tantôt se disputant et tantôt s'amusant ; tantôt dormant, tantôt galopant ; tantôt charmants, tantôt chenapans. Et le roseau prêta l'oreille, essayant de comprendre le message. Car le vent ne parle pas, ne pense pas . Il n'est que transporteur, que facteur. Un facteur qui distribuerait des lettres sans timbre, sans enveloppe, sans adresse... au hasard. Au gré du vent, en quelque sorte .Le vent n'est jamais, en somme, qu'un perroquet, qu'un petit roquet qui s'approche par derrière , qui s'accroche aux barrières, qui écorche vos oreilles, arrache vos cheveux, décroche vos écharpes, écharpe vos échoppes, et choppe vos chapeaux, vos bonnets, vos manteaux... Le vent n' est qu'un farceur , se disait le roseau. Ce vent qui, si souvent, venait le caresser, le bercer, le faire danser. Le vent l'amusait finalement. Le roseau en dansant rasait les pieds du chêne qui, lui, ne bougeait pas, ne tremblait pas, ne sentait même pas le vent, qu'il repoussait d'une seule feuille, comme on chasserait une mouche. Que dis-je, un moucheron. Même le mistral magistral, qui le giflait parfois de ses mille mains de diable, le mistral infernal qui lui lançait parfois des pots de fleurs, des peaux de bêtes, des poteaux, des potiches, des potirons , des postillons, des portillons, des bottillons, des cotillons, récoltés dans les cours et dans les jardins, le mistral ancestral qui venait cacher dans la forêt tous ces trésors, tous ces objets, qu'il dérobait sur son passage, le mystérieux et peu sérieux mistral ne causait pas le moindre mal à ce roi de la forêt.

 Et le roseau, à peine plus lourd qu'une mouche, que dis-je, qu'un moucheron, était devant le chêne comme un grain de sable devant... un château ; comme un coquillage devant .. une baleine ; comme une coccinelle, coquine et si belle, devant un mammouth ; comme un ver de terre devant un dinosaure .

Bref, le roseau était impressionné par ce géant impressionnant : ce géant, ce colosse, ce malabar, qui devait mesurer... 333 mètres de haut. OOOOHHH !!!!

"Que vous êtes joli !

Que vous me semblez beau !"

(reprise de l'air de flûte du début)

 

 Le vent continuait de chanter ce refrain ; et le roseau désormais entendait beaucoup plus distinctement, beaucoup plus clairement le message, les mots sages. Sachant bien que le vent n'avait pas de lui-même inventé ces paroles, il se demanda qui lui parlait, et si c'était à lui, roseau, que s'adressait cette chanson. Alors, comme il se balançait, poussé par le vent, d'avant en arrière, d'arrière en avant, petit roseau dansant, petit roseau penchant, d'un côté à l'autre, son museau de roseau rasant presque le sol, il comprit que la voix venait de bien plus haut. De tout là-haut. Du plus haut de la forêt. Etait-ce possible ? Etait-ce possible que ce soit le chêne, ce géant, ce colosse, ce malabar, ce mastodonte, ce dieu ?

 

 Oui, c'était bien le chêne, le grand chêne qui chantait. Qui lui chantait ces douces paroles. Il faut dire que c'était il y a bien longtemps. En ce temps-là, les arbres parlaient. Non seulement ils parlaient, mais ils chantaient.Oui, ils chantaient ! et si vous ne me croyez pas, à quoi bon continuer cette histoire ? S'ils ne chantent plus aujourd'hui, c'est simplement qu'on ne les écoute plus. Ce n'est pas parce qu'on ne les entend pas qu'ils ne parlent pas. Ce n'est pas parce qu'on ne les entend pas qu'ils ne chantent pas... On dit bien que les murs ont des oreilles. Les murs au coeur de pierre auraient des oreilles ! et les arbres, ces êtres vivants, ces êtres divins, ces êtres naturels, n'auraient pas la parole !

 On dit bien, en parlant des chiens au regard si expressif :" il ne leur manque que la parole !" Pourtant les chiens, les chats, les chevaux, les oiseaux, tous les animaux, ont un langage à eux. Ce n'est pas parce qu'on ne les comprend pas toujours qu'ils ne s'expriment pas.

 Et les poissons ! les poissons ! (bruit buccal) regardez les dans l'aquarium ! est-ce qu'is ne parlent pas ? ( bruit buccal répété) A leur façon ?... Et les enfants ? Est-ce que ça parle, des enfants ?

 Les arbres, c'est pareil ! j'en sais quelque chose. Mais c'est une autre histoire, que je vous dirai tout à l'heure. Comme personne ne les entend plus, que même les enfants, les enfants d'aujourd'hui qui n'entendent plus, ne connaissent plus, n'écoutent plus que leurs jeux vidéos, ne reconnaissent plus ni les vieux idéaux ni les idées d'en haut, les chants de la nature, de la forêt, de la vie, alors les arbres, désolés, abandonnés, ont appris un langage à eux : un LANGARBRE !

 Pourquoi croyez-vous donc que les oiseaux, si bavards,les pies, piverts, verdiers, éperviers, étourneaux, moineaux, vanneaux, corbeaux,merles et rossignols, rousserolles, rouges gorges, mésanges, roitelets, les oiseaux si joyeux, les oiseaux si soyeux, les oiseaux enchanteurs chantent ? C'est bien parce que les arbres, lorsqu'ils y font leurs nids, leur disent des choses tendres , des murmures de ramures, des ramages de feuillages. D'ailleurs, toutes ces feuilles, à quoi serviraient-elles si les arbres n'avaient rien à dire ?Pourquoi croyez-vous donc qu'ils font tomber leurs feuilles à l'automne, sinon pour envoyer des messages, des mots sages, des poèmes ? Le vent n'y est pour rien, il se contente de les ramasser, de les entasser, de les caresser, de les adresser à celles et ceux qui savent les lire : quelques sectes d'insectes, des troupeaux de crapauds, des familles de chenilles, escadrons d'escargots, malicieuses limaces, curieux écureuils, hiboux ébouriffés, effrayantes effraies, et autres oiseaux rares...

 Car il faut savoir les lire, les feuillles d'arbre. Comment ça !? il n' y a rien d'écrit ? Parce que c'est un langage, un langarbre , que nous ne comprenons pas, que nous n'avons pas appris à lire. Les hommes ont préféré déchiffrer d'autres feuilles : des factures ;des billets ; des plans ; des listes ; des discours (pas très courts) ; des livres ; des dictionnaires... Tous ces papiers, d'où viennent-ils, sinon des arbres ?

Alors les arbres chantent, de tout leur coeur, de toute leur chorale, et se lèvent la nuit,lorsque tout dort, lorsque les enfants ont baissé les rideaux de leurs yeux, lorsqu'aucun témoin ne peut les surprendre ; ils se lèvent ,la nuit, se mettent à danser, à sauter, à gigoter, à faire la ronde, autour du monde, pour se dégourdir les racines.

On ne les voit pas ?

Bien sûr qu'on ne les voit pas ! tu dors, pendant ce temps-là !

 

 Les promeneurs n'entendent que le vent qui siffle et qui souffle, qui gifle et qui gonfle ; que les oiseaux qui piaillent, pinaillent, s'égaillent. Et lorsqu'une branche craque, grince, couine, ils s'imaginent, les promeneurs, que la branche a cassé. Simplement ! alors qu'il s'agit de tout autre chose !

 

(intermède à la flûte, puis, chanté : que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !)

 

 Ainsi c'était le chêne. Le chêne géant, le chêne superbe, le plus costaud, le plus beau de tous,qui parlait à ce gringalet de roseau !

 Mais que répondre ?

 Est-ce qu'il se moque de moi ? se demandait le frêle, fragile, faible petit roseau, qui rosissait, rougissait, brunissait tout à la fois, ne sachant pas si c'était de l'arbre ou du cochon, tout fier en même temps qu'on daigne simplement s'intéresser à lui.

 Et voilà qu'à l'instant, à l'instant précis où le roseau s'apprête à répondre, à demander des comptes, des explications, au lieu des paroles attendues, des paroles pensées, des paroles sensées, c'est une musique qui sort de ui, de ce petit corps fluet ; fluet comme une flûte : une musique aigüe, mélodieuse, harmonieuse, joyeuse, rieuse...( flûte, air entraînant, légèrement modifié)

 Après tout, le roseau ne sert-il pas à fabriquer des flûtes ?

 

.... ( musique )

 

 Mais il est temps que je vous raconte ma véritable histoire, celle que vous attendez, celle que je vous ai promise tout à l'heure. Il est temps que je vous dise pourquoi et comment les arbres parlent, chantent, marchent, dansent. Et surtout, comment je le sais moi, conteur d'aujourd'hui.

 

 Moi qui vous parle, je les ai vus, je les ai entendus. J'étais parmi eux. De leur famille presque. Ils m'avaient adopté.

 

 C'était il y a longtemps. Très longtemps. Bien plus longtemps que le temps le plus lointain qu'il vous soit possible d'imaginer.

(petite musique)

 

 Certains d'entre vous se souviennent peut-être du Petit Poucet ?

 On ne sait pas, on ne dit pas, ce qu'il est devenu, ce fameux petit poucet, pas plus grand que le pouce, mais plus rusé que le plus rusé des renards. Et que sont devenus ses frères ? Ses parents ? Et l'ogre de la forêt ?

 Et si je vous disais... que le petit poucet... Non, ce n'est pas moi. C'était mon frère.

 Si, si. J'étais un de ses frères, dont on ne parle pas. Nous étions 7. Comme les sept nains. Les sept Merveilles du monde. Les sept jours de la semaine. Et nous n'étions pas plus grands que les sept nains. Le plus petit d'entre nous, celui qu'on appelle le Petit Poucet, et qui n'avait que sept ans, était sept fois plus petit que le plus petit des nains de Blanche Neige. Quant aux sept Merveilles du monde, nous les valions bien, puisque nous étions.. des enfants ! qu'y a-t-il de plus merveilleux, de plus fabuleux, que les enfants ?! Et nous nous suivions comme les sept jours de la semaine, tous nés un jour différent.

 Dans ce temps-là, il n'y avait encore ni chêne, ni roseau, juste une forêt. Je veux dire que le grand chêne, dont je parlais au début de cette histoire, n'était pas encore né. Le roseau encore moins. Ne vous ai-je pas dit qu'il était son fils ?

 En tout cas, c'était une forêt magique. Figurez-vous que lorsque nous sommes restés, ce fameux soir, dans la forêt, une fois la nuit tombée, une nuit noire comme... comme la plus noire des nuits, le plus profond des tunnels, on entendit chanter... "un hibou ! " dit l'aîné des garçons. " une chouette" dit un autre. Un troisième dit : "une buse !" ; le quatrième : un aigle ; le cinquième : un faucon ; le sixième : une souris... et le petit poucet, qui avait toujours raison, nous montra que c'était un papillon. Ca chante, un papillon ? Eh oui, nous non plus, nous ne le savions pas. N'oubliez pas que nos parents étaient bûcherons, alors la forêt, les arbres, les oiseaux, n'avaient pas de secret pour nous. Mais les papillons ! ... Cette chanson ressemblait d'abord à un air de flûte, comme celui-ci (jeu de flûte, air initial) et le papillon se mit tout-à-coup à chanter :

"Que vous êtes jolis !

 Que vous me semblez beaux !"

Et c'est à nous qu'il s'adressait, ce joli papillon de nuit, papillon peint de sept couleurs... comme l'arc en ciel !!

C'est vrai que nous étions jolis ! que nous étions beaux ! même avec nos pantalons de pauvres bûcherons ! nos chemises déchirées, nos bottes de paysans, nos figures sales, nos cheveux... en désordre ! et nos yeux !!! nos yeux d'enfants, malicieux,facétieux, malins, marrants, brillants, luisants, scintillants ! comme autant d'étoiles.

Et cette chanson bientôt fut reprise par tous les oiseaux de nuit. Par tous les arbres de la forêt. Ce qui nous donna du courage et la force de continuer à marcher, à chercher notre chemin. Cette chanson nous accompagnait, un peu comme, vous savez ( sol sol fa mi fa sol) la chanson des sept nains.

Et c'est ainsi que nous arrivâmes près d'une maison. La maison de l'ogre !

Figurez-vous sept petits garçons, comme vous, plus petits que vous, tout seuls dans une forêt devant un énorme bonhomme, plus gros, plus grand, plus barbu, que jamais personne n'en a rencontré.

Et voilà qu'au moment, et c'est celle-ci la véritable histoire, au moment où l'ogre faillit nous attraper, ce qui lui était facile - même d'une seule main, il aurait pu nous soulever tous ensemble... jusqu'à sa bouche... une bouche !!! - au moment même où il tendait la main vers nous, il se figea... et se transforma, d'un seul coup, en arbre.

Et moi je peux vous dire, moi, fils de bûcheron, moi qui connais les arbres, que celui-là était un chêne.

Quelle surprise !

Figurez-vous sept petits garçons, comme vous, plus petits que vous, tout seuls dans une forêt devant un énorme chêne, plus gros, plus grand, plus feuillu , que jamais personne n'en a rencontré. Et voilà que sous nos yeux ébahis, étonnés, éberlués,stupéfiés, époustouflés,pétrifiés, statufiés, un gland, qui est le fruit du chêne,tomba du haut du tronc, puis un autre, et un autre...Non ! ce n'étaient pas des glands ; c'étaient... des gouttes ! des gouttes d'eau ! Non ! ce n'étaient pas des gouttes d'eau. C'étaient... DES LARMES !!! Oui, des larmes ! le chêne pleurait. Est-ce d'avoir été transformé en arbre ? Ou plutôt du remords de ce qu'il avait été auparavant ? Bientôt toutes ces larmes , toutes ses larmes coulaient au sol, près de nous, et formaient un ruisseau. Pensez : des larmes d'ogre !

Et le chêne alors, se mit à parler, ou plutôt à chanter, d'une voix grave :

"Que vous êtes jolis !

Que vous me semblez beaux !"

Et comme un écho, chaque arbre se mit à répéter cette espèce de refrain. Il faisait nuit déjà, et au lieu d'être apeurés, de pleurer, comme n'importe quel petit garçon entre sept et dix ans perdu dans une forêt, en pleine nuit ; au lieu de pleurer, au lieu d'avoir peur, nous étions émerveillés. Nous étions " enchênés", en quelque sorte, accrochés à ce chêne. C'était comme si nous assistions à un spectacle, à un conte de fée. Les arbres chantaient. Et ce n'est pas tout. Nous les vîmes soudain comme secoués ensemble d'un même élan, d'un même besoin de bouger, et ils se mirent à sortir, l'une après l'autre, leurs racines. Croyez- moi si vous pouvez, mais si je ne les avais pas vus, comme je vous vois aujourd'hui, je n'y croirais pas non plus. Les arbres dansaient. Les arbres nous accueillaient par une grande fête, en dansant, en chantant. Nous étions adoptés et n'avions plus rien à craindre de qui que ce soit.

Toute la forêt reprenait cette chanson :

" Que vous êtes jolis !

Que vous me semblez beaux !"

(flûte : faire reprendre aux enfants)

Il ne nous fut pas difficile, au matin, de retrouver notre chemin, après toute une nuit de fête, de danse, de chansons. Les arbres, avant de reprendre sagement racine, nous tendirent leurs branches, comme des mains amies, et peu à peu nous ramenèrent sur le chemin de la maison. Pas plus riches qu'avant sans doute, ou plutôt bien plus riches, bien plus riches,puisque nous avions, en plus, dans le coeur, cette magie, cette poésie, qui sont la clé du bonheur,et qui font que jamais plus, nos parents ne décidèrent de nous abandonner dans la forêt. La forêt était notre amie, désormais, et par la suite, chaque fois que nous y avons pénétré, nous avons entendu cette fameuse chanson, que vous connaissez maintenant.

Quelque temps plus tard, sur ce ruisseau jailli des larmes de l'arbre, ou de l'ogre, je ne sais plus, poussa une petite branche, que dis-je, une brindille ; une tige. Verte : le roseau dont je vous parlais au début de cette histoire. Je vous l'avais bien dit, c'était le fils du chêne... et de l'eau, ce petit arbrisseau, moitié arbre moitié ruisseau ; et c'est à lui ,maintenant que nous avions grandi, c'est à lui que le chêne adressait sa chanson.

" Que vous êtes joli !

Que vous me semblez beau ! "

(repris par les enfants ; puis par la flûte)

Il paraît même, mais ça je ne l'ai pas vérifié, il paraît même que parfois , ce roseau se transforme en petit garçon, tout comme Pinocchio né d'un morceau de bois. Ecoutez bien, regardez bien, quand vous passez dans la forêt. Peut-être que les arbres vous parleront à vous aussi. En attendant, merci de m'avoir écouté.

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