Poesies et Contes par Yves Le Car

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L’AUTRE CIGALE ET L’AUTRE FOURMI

Vous connaissez tous, chers amis,
La cigale et la fourmi.
La fable qu'aujourd'hui je vais vous raconter
N'a rien à voir en vérité
Avec celle de La Fontaine.
Elle est plus, comment dire, plus contemporaine :
C'est une autre cigale
Et une autre fourmi.
Mais dès que mon histoire sera terminée
S'il faut une morale
Qu'il me soit permis
De vous la laisser deviner.

Une cigale avait passé tout son été
Couchée au soleil, à chanter ;
A rêvasser, à ne rien faire.
Enfin, rien de sérieux comme aurait dit Prévert :
Regarder voleter les papillons,
Les libellules et les oisillons,
Ecouter rire et vivre les enfants
Insouciants et triomphants,
Accompagner le ballet des abeilles
Bercer les vacanciers en quête de merveilles.
Et sans même s'inquiéter
De savoir si on l'écoutait
Enchanteresse, elle-même enchantée,
Tout en se laissant vivre, adorée du soleil,
La cigale chantait, chantait, chantait, chantait...
Qui de vous ne voudrait d'un paradis pareil ?

Cependant, dans le champ voisin
Une fourmi allait bon train,
Trimait, creusait, fouillait, bêchait,
Sans s'arrêter, se dépêchait
De transporter en son abri
Tout ce qu'elle pouvait ramasser : des débris
Qui, pour nous, ne seraient que de la peccadille,
Faune infime des environs,
De la chenille
Au moucheron,
La fourmi entassait, emplissait sa maison
De mille et une provisions.
Elle ne prenait pas le temps
De se laisser distraire
Par des rires d'enfants
Qui n'ont rien d'autre à faire,
Et n'était certes pas sur terre
Ni sous terre
Pour s'amuser, se promener,
Rêvasser ou fanfaronner.
De gauche à droite, elle trottait,
De ci, de là, crapahutait
Sans se plaindre le moins du monde,
Sans s'arrêter une seconde,
Sans être jamais défaillante,
Sans trêve et très vaillante,
Travaillait, s'activait, oeuvrait,
Et pour de vrai.

Et ainsi tout l'été,la fourmi travailla.
Et ainsi tout l'été la cigale chanta.

Puis vint l'automne et son frimas,
Le temps où les chanteurs de rue
Retournent à l'anonymat
D'où ils étaient venus ;
Le temps où les temps sont durs
Le temps où la faim triture
Les estomacs inestimables
Des vauriens,
Va-nu-pieds, vagabonds, qui n'ont pas les moyens.
Terminée, l'aventure :
Notre cigale rangea donc son violon
Et s'en alla, en quête de sa nourriture...

Mais en cette saison, vous devez le savoir,
Si l'on n'a pas, en temps voulu
Pris ses précautions,
On se fait avoir :
De nourriture, il n'y a plus.

La fourmi qui, prudente, avait fait ses réserves
Avait de quoi manger tous les jours à sa faim ;
Ses provisions étaient sans fin.
De sa fourmilière elle observe
-Cependant qu'elle se régale
Seule et heureuse dans son coin !-
Sa voisine cigale
Faible, affamée, bien mal en point,
Incapable de faire un pas ;
En un mot proche du trépas.

Alors elle l'interpelle
Et lui dit, dans leur langage :
"eh bien ,voisine, ma belle
Quel malheur ! et quel dommage
De te voir dans cet état-là,
Toi qui, tout l'été, régalas
Nos coeurs et nos oreilles
De ton chant sans pareil !
Que dirais-tu de...partager
Mon repas ? Allez, viens manger .
Si je t'abandonnais à ton sort odieux
Si tu mourais de faim, ma belle, rends-toi compte,
Je mourrais aussi, mais de honte.
N'est-ce pas grâce à toi, à ton chant mélodieux
Que j'ai pu travailler hardiment, ardemment,
Avec autant d'acharnement ?
N'est-ce pas grâce à toi que la nature est belle ?
Et n'est-ce pas un peu pour toi que les touristes
En ribambelle

Quittent leur paysage si gris et si triste
Pour venir en Provence
Passer leurs vacances ?

Si je préfère moi, trimer,
Turbiner, bosser, m'escrimer,
Ne laisser nulle place
Où je ne passe et ne repasse,
Libre à moi, mais, en attendant,
Mon grenier est surabondant.
J'ai largement assez pour nourrir deux foyers.
A chacun son métier !
Tu as, ma belle, autant de mérite à chanter
Que moi d'avoir choisi une autre activité.

ET PUIS C'EST TELLEMENT PLUS GAI , PLUS SYMPATHIQUE
LORSQU'IL FAUT TRAVAILLER, DE LE FAIRE EN MUSIQUE

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